Il est vrai que dernièrement, ces bêtes sans maître ont causé des remous. Mais les tuer après coup, c'est tout ce qu'on a trouvé de mieux ? Et si on réfléchissait à ce qui multiplie la présence de ces chiens et chats dans nos rues ?
Dans une réaction publiée dans L'Orient-Le Jour, l'association Animals Lebanon évoque deux arguments qui lui semblent importants : d'une part, l'importation incontrôlée d'animaux et l'irresponsabilité de certains propriétaires, et, d'autre part, la prolifération des déchets dans les rues qui leur donne amplement de quoi manger et se reproduire.
Sur ce dernier point, notons une coïncidence intéressante : il y a plus d'une semaine, un incident impliquant des chiens enragés et des passants mordus avait été noté à Nabatiyeh. La colère populaire contre ces animaux était grande et somme toute compréhensible. Quelques jours plus tard, on pouvait lire dans les journaux une information sur des problèmes de collecte des déchets dans la même ville de Nabatiyé. Ce n'est certainement pas cette ville qui est en question puisque la situation est similaire partout, mais son cas est emblématique : notre échec à résoudre un des problèmes écologiques majeurs de ce pays aide à la prolifération des animaux errants qui deviennent une nuisance pour notre quotidien... Cette façon de voir met les événements en perspective.
D'autre part, d'où viennent les chiens errants ? Toutes les associations de protection des animaux au Liban s'accordent à dire que la majorité des chiens qui se retrouvent à la rue ont tout simplement été abandonnés par leurs maîtres. Là aussi, c'est l'irresponsabilité des êtres humains qui leur est renvoyée par ricochet à la figure (ou plutôt dans n'importe quelle partie du corps où se plantent les crocs de l'animal).
À quand la réglementation du secteur d'importation des animaux et la responsabilisation des acheteurs ? Il est temps d'arrêter de considérer les questions relatives à la protection des animaux comme la seule affaire de quelques passionnés : c'est tout juste si on ne les imagine pas comme des rêveurs parlant aux arbres et aux oiseaux ! Seule une solution globale et la création d'une institution nationale spécialisée peut résoudre le problème.
La protection des animaux est une affaire de santé publique autant qu'une cause profondément humaine. Et parce qu'elle est humaine, si l'un de ces animaux est malade, qu'il devient une menace, disséminer du poison pour le tuer est simplement cruel et dangereux pour d'autres - combien d'animaux domestiques ont été perdus ainsi ? Souvenons-nous que sous d'autres cieux, ils sont euthanasiés de manière civilisée.
Souvenons-nous aussi que livrés à eux-mêmes après avoir connu la chaleur d'un foyer, ces chiens n'ont d'autre choix que de devenir sauvages, pour survivre. Peut-être qu'il faut y penser avant de s'extasier devant un mignon petit chiot dans la vitrine d'un pet shop.

