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Liban - La Situation

La tempête Joumblatt se calme, le chef du PSP dissipe « les malentendus »

De la super-tempête, de ce véritable Tonnerre de Brest déclenché dimanche par le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, il n'est plus resté hier qu'un temps maussade, qu'une sale grisaille avec risque d'averses incontrôlées. Il a en effet fallu à peine quelques phrases du leader du Rassemblement démocratique à sa sortie du palais présidentiel de Baabda pour déconstruire ses propres hésitations... et se stabiliser quelque peu dans son repositionnement, en atténuant la teneur de ses propos et en clarifiant ses intentions.
Le discours de Walid Joumblatt d'hier dissipe en effet un peu plus ce mystère autour de son positionnement, entretenu durant quarante-huit heures et qui a donné lieu à toutes les interprétations possibles. Il n'est donc pas question de quitter les rangs du 14 Mars pour briguer une « indépendance » incertaine « au centre » - ce qui équivaut dans les conditions actuelles, plus ou moins, à se jeter dans le vide intersidéral sur l'échiquier politique. Le chef du PSP a souligné hier dans ce sens qu'il n'a jamais parlé de « rupture » avec le 14 Mars au sens littéral du terme, mais d'une volonté de s'agripper à ses « spécificités ». Un langage qu'il faut comprendre au sens sécuritaire comme une impossibilité - sinon un refus catégorique - pour le chef du PSP d'être une figure de proue dans le cadre de nouvelles escalades de la violence dans la rue musulmane, qui pourraient se produire dans les mois à venir dans un contexte local, régional et international lié au TSL. L'expérience du 7 mai 2008 a été suffisamment éprouvante pour la communauté druze, qui refuse d'être le bouc émissaire, la victime d'une nouvelle montée aux extrêmes incontrôlable et totale entre sunnites et chiites. Dans ce sens, la recherche de la « vérité » et de la « justice » peut paraître comme un prix trop exorbitant à payer, surtout si le passage de la vérité et de la justice à la réconciliation et à la paix, qui en sont les deux conséquences naturelles, s'avère parsemé de trop (d'encore plus !) de haine et de violence... C'est à la lumière de cette grille de lecture quasi apocalyptique, qui n'a plus absolument rien à voir avec le champ politique, qu'il faudrait peut-être relire les positions du chef du PSP... et tenter non pas de l'accepter, mais, au moins, de le comprendre.
Walid Joumblatt, à la lumière de son discours d'hier à Baabda, n'a pas non plus l'intention de rallier le 8 Mars, ou de faire cet extraordinaire cadeau à l'opposition, comme semble le souhaiter Karim Pakradouni, qu'est le torpillage du 14 Mars. Preuve en est, le message très ferme de solidarité adressé au Premier ministre désigné Saad Hariri. Le chef du PSP a ainsi exprimé son attachement aux « constantes du 14 Mars », tout en indiquant qu'il fallait quelque peu réformer un discours devenu à ses yeux trop obsolète. Le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, a aussitôt saisi la balle au bond, affirmant à l'issue de la réunion hebdomadaire de l'instance qu'il voyait dans ces propos une possibilité de retrouver, au terme d'un dialogue approfondi, un terrain d'entente avec M. Joumblatt. Lequel reste, pour le secrétariat général et son coordinateur, un pilier incontestable du 14 Mars, qui ne pourrait trouver sa juste valeur qu'au sein de la coalition souverainiste, dont il a été, avec Bkerké, le moteur principal entre 2000 et 2005.
Il semble, dans la réalité, que le chef du PSP ait été pris au dépourvu par ses propres positions exprimées dimanche devant son parti ; qu'il ait été pris dans une tempête dont il a pourtant été lui-même l'instigateur. En déclarant que « le 14 Mars ne pouvait pas continuer » (dans sa rythmique actuelle), le chef du PSP ne pensait probablement pas qu'il allait s'attirer une réponse aussi cinglante du Courant du futur, ni que sa position serait interprétée comme un départ du 14 Mars. Mauvais calcul qui a nécessité l'intervention du ministre saoudien de la Culture et de l'Information, Abdelaziz Khoja, laquelle n'a pas tardé à donner ses effets, surtout pour débloquer l'impasse, sur le plan de la formation du cabinet, née du refroidissement entre Saad Hariri et Walid Joumblatt. Hier, les sources proches du PSP ont expliqué que c'est précisément sur cela que l'entretien avec le président Sleiman a porté, et que Walid Joumblatt s'est engagé à fournir tous ses efforts pour faciliter l'accouchement du cabinet d'unité nationale, toujours selon la formule des 10-5-15, les ministres du Rassemblement démocratique restant bien évidemment au nombre des sièges de la majorité. Même son de cloche, hier, chez Nabih Berry. Retour donc à la situation anté dimanche dernier pour Saad Hariri dès que son bref séjour familial à l'étranger sera terminé.
Cependant, le plus important dans le discours du chef du PSP hier reste sans conteste son « excuse » adressée à l'électorat du 14 Mars et sa volonté de respecter la volonté du public souverainiste qui a contribué à la victoire de ses candidats en fonction d'un corps de principes bien déterminés. Dans ce cadre, Walid Joumblatt a reconnu implicitement hier qu'il existe, au-delà de toutes les contingences politiciennes, une opinion publique du 14 Mars qui représente le ciment réel de ce mouvement et qu'il serait impropre de ne pas prendre en considération.
Il est cependant une ombre quelque peu sinistre au tableau, apportée par Wi'am Wahhab de Damas, et qui considère que « la page est désormais tournée » entre le chef du PSP et Damas, et que la route de la capitale syrienne est ouverte à Walid Joumblatt sitôt qu'il le désire. Le chef du PSP a déjà annoncé qu'il n'ira pas en Syrie avant une visite officielle du Premier ministre désigné Saad Hariri, c'est vrai. Mais ce genre d'appels du pied, surtout dans la posture actuelle du leader druze, ne saurait vraiment rassurer. D'autant que la « réconciliation » avec Damas - et les exemples sont nombreux - prend souvent des tournures fatales pour les « repentis », considérés dès lors comme « vassalisés » et, partant, comme soumis « corps et âme » au « souverain »...
De la super-tempête, de ce véritable Tonnerre de Brest déclenché dimanche par le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, il n'est plus resté hier qu'un temps maussade, qu'une sale grisaille avec risque d'averses incontrôlées. Il a en effet fallu à peine quelques phrases du leader du Rassemblement démocratique à sa sortie du palais présidentiel de Baabda pour déconstruire ses propres hésitations... et se stabiliser quelque peu dans son repositionnement, en atténuant la teneur de ses propos et en clarifiant ses intentions.Le discours de Walid Joumblatt d'hier dissipe en effet un peu plus ce mystère autour de son positionnement, entretenu durant quarante-huit heures et qui a donné lieu à toutes les...
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