L'annonce de la victoire dès le premier tour de l'ultraconservateur Ahmadinejad avec près de 63 % des voix a plongé le pays dans sa plus grave crise politique depuis la révolution islamique de 1979. Les partisans des candidats vaincus se sont livrés à des manifestations monstres non autorisées. D'après les autorités, les violences ont fait une trentaine de morts. Le tribunal révolutionnaire a commencé à juger samedi plus d'une centaine de personnes, dont des personnalités du camp réformateur, pour leur participation au mouvement de contestation. Le procès critiqué par l'opposition doit reprendre jeudi. Signe de la détermination de l'opposition à contester cette élection, des centaines de personnes ont tenté de manifester sur la place Vali Asr à Téhéran, mais ils en ont été empêchés par la police antiémeute déployée en force sur l'ensemble des principales places et rues de Téhéran. Le prix Nobel de la paix Élie Wiesel et 44 autres lauréats, dont l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, ont publié hier une lettre ouverte à Shirin Ebadi et aux dissidents iraniens, les exhortant « à ne pas perdre espoir ».
L'ayatollah Khamenei a averti « qu'il y a les adversaires en colère et blessés qui vont, durant les quatre prochaines années, s'opposer au gouvernement », en référence au mouvement de contestation. Il y a aussi « ceux qui ont des positions critiques, mais qui ne sont pas les ennemis du président », a-t-il ajouté, estimant « qu'il faut prendre en compte leurs points de vue ». De nombreux élus conservateurs s'étaient indignés de la lenteur de M. Ahmadinejad à appliquer les ordres du guide, qui lui avait demandé de se séparer de son premier vice-président Esfandiar Rahim Mashaie qui avait fait scandale avec des déclarations amicales envers le peuple d'Israël.
Pour sa part, M. Ahmadinejad a accusé l'étranger d'ingérence dans le scrutin. « Je dis aux gouvernements interventionnistes : Vous avez commis une injustice à l'égard du peuple lors de cette élection et vous avez mal utilisé vos moyens politiques et financiers. » De leur côté, les autorités iraniennes ont également dénoncé « l'ingérence » de l'Allemagne dans leurs affaires, à la suite de l'appel du chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, à libérer les prisonniers politiques et à renoncer au procès des opposants.
Demain, M. Ahmadinejad doit être investi officiellement, après quoi il aura deux semaines pour présenter les membres de son gouvernement aux députés pour obtenir un vote de confiance. Lors de la cérémonie, l'ayatollah Khamenei a empêché M. Ahmadinejad de lui embrasser la main, comme il l'avait fait en signe de respect après la présidentielle de 2005. Puis, quand le président « a demandé à être autorisé à embrasser l'épaule du guide, ce dernier a accédé à sa requête par un sourire », selon l'agence IRNA. Aujourd'hui, le sultan Qabous d'Oman sera en visite officielle en Iran où il sera le premier invité de M. Ahmadinejad après sa confirmation.
Enfin, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a appelé Téhéran à donner des nouvelles de trois Américains présumés détenus par les autorités iraniennes et à permettre leur retour le plus rapidement possible. « Nous sommes naturellement inquiets. Nous voulons que cette affaire soit résolue (...) », a dit Mme Clinton, qui a toutefois précisé que les autorités iraniennes n'avaient pas encore confirmé officiellement la détention de ces trois Américains.

