D'après la première estimation publiée hier par le département du Commerce, le PIB des États-Unis a reculé de 1,0 % en rythme annuel au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent, alors que les économistes tablaient sur une contraction plus prononcée de 1,5 %.
Les États-Unis n'avaient jamais connu une telle série de quatre trimestres de recul de leur économie depuis la Seconde Guerre mondiale.
Mais la chute libre de l'activité après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers, en septembre, appartient au passé. Aux trois trimestres précédents, le PIB américain avait chuté successivement de 2,7 %, 5,4 % et 6,4 %.
« On aperçoit des signes de stabilisation dans de nombreux secteurs de l'économie, donc le pire est assurément derrière nous », a expliqué Scott Brown, économiste en chef de Raymond James.
La majorité des économistes et les autorités américaines estiment que lors du second semestre, les États-Unis reviendront à la croissance, même si elle doit être modeste dans un premier temps.
Elle « sera probablement positive au troisième trimestre », parie Marie-Pierre Ripert, de Natixis.
Mais « la reprise devrait être progressive » et « la croissance potentielle pourrait rester très en dessous des tendances passées pendant une période considérable », a prévenu le Fonds monétaire international dans un rapport publié vendredi.
Le détail des chiffres montre qu'au printemps, les ménages souffraient toujours de la récession, les entreprises restaient extrêmement prudentes, et qu'il n'y avait guère que le secteur public pour soutenir l'activité.
Les dépenses de consommation, premier moteur de l'activité économique, ont reculé (-1,2 % en rythme annuel), alors qu'elles progressaient au premier trimestre (+0,6 %).
Face à la poussée du chômage (9,5 % en juin, contre 8,5 % trois mois plus tôt), les Américains épargnent : la part de leurs revenus qu'ils y ont consacrée (5,2 %) est au plus haut depuis 1998. Ils ont acheté moins de biens (-1,2 %) et surtout moins de biens durables (-7,1 %).
La consommation redonnera-t-elle l'élan attendu ? C'est ce qu'espèrent les autorités avec leur plan de relance. Les économistes en doutent davantage.
La consommation « a des chances de rester faible au troisième trimestre, parce que les canaux des revenus et du crédit restent bouchés », estime Bart Van Ark, économiste à l'institut de conjoncture privé Conference Board. D'autres, comme Augustine Faucher de Moody's Economy.com, pensent qu'elle « pourrait ne pas augmenter beaucoup, mais devrait se stabiliser ».
Au deuxième trimestre, le point noir de l'activité a été une nouvelle fois l'investissement privé (-20,4 %). Mais cette composante rend plus optimiste pour l'avenir.
L'investissement le plus durement touché, l'immobilier résidentiel (-29,3 %), « semble être en train de perdre sa dynamique vers le bas », selon Robert Brusca, de FAO Economics. Et l'évolution des stocks « devrait bientôt devenir un élément positif », après le déstockage massif des trois derniers trimestres, assure M. Faucher.
La consommation et l'investissement publics ont été en nette hausse (+5,6 %). L'État, seul acteur économique à dépenser sans compter, au prix d'une envolée de son déficit, attend désormais un relais du secteur privé.

