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Culture - Exposition

À l’amour comme à la guerre

Loquace, Fouad el-Koury l'est autant de sa plume que de son appareil photographique. Sous le thème « On War and Love » il présente, à l'espace Ketttaneh Kunigk*, son « Journal » des 33 jours de guerre de l'été 2006.
Trois ans déjà. Trois ans déjà que la guerre des 33 jours a ravagé le pays du Cèdre.
Pour marquer ce funeste souvenir, Fouad el-Khoury expose une série de 33 photos datées et disposées de manière chronologique du 13 juillet au 14 août 2006.
N'y allons pas par quatre chemins. Il est clair que el-Koury dévoile, dans cette exposition, un aspect très intime de sa vie. Alors que son pays subit les assauts de l'aviation israélienne, le photographe est atteint en plein cœur par le départ inopiné (et annoncé au téléphone) de sa compagne. Suivant le conseil de Napoléon 1er qui disait « En guerre comme en amour, pour en finir il faut se voir de près », il quitte le Beyrouth assiégé pour retrouver sa future ex à Istanbul. Tous deux tentent de savoir ce qu'ils vont faire, se quitter, rester ensemble, où, comment. Pendant ce temps, la guerre continue, Israël bombarde Cana, les pourparlers de cessez-le feu ne progressent pas.
Le 33e jour, les bombardements cessent enfin, ce même jour elle remet son départ à plus tard. Chaque jour, une photo, un petit texte. Chaque jour, la douleur, l'incertitude, la mélancolie. Comment trouver encore chaque jour l'énergie pour le lendemain ? Comment ne pas désespérer ? Comment en faire une œuvre à la fois triste et pleine d'espoir, éternel recommencement ? Comment traduire le privé, l'intime en public, en visible ? « Cherche femme et pays, tous deux stables », dit-il sur une des photos.
Le quotidien de Fouad el-Koury est devenu comme un champ de bataille. Mégots amoncelés pêle-mêle dans un cendrier. Mais aussi des draps chiffonnés, une table dévastée, une valise rangée.
Les photos exposent une double blessure. Celle de son cœur, meurtri par le départ de son amante, et celle de son âme torturée par les massacres qui sont perpétrés.
Et elles témoignent, en images, du quotidien en temps de guerre. Que le temps des conflits ne suspend pas l'aspiration des êtres humains à vouloir aimer et être aimés. Or ce besoin d'amour s'exprime d'autant plus que les temps sont incertains, la souffrance et la mort lourdement présentes.
Après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur civil à Londres en 1979, el-Koury s'est orienté vers la photographie. En 1982, ses clichés du siège dressé autour de Beyrouth par l'armée israélienne sont publiées dans Libération. En 1989, il entre à l'agence Rapho. Lauréat du World Press Photo en 1996, il fonde cette année-là, avec Samer Mohdad et Akram Zaatari, la Fondation arabe pour l'image.
« Lorsqu'on imagine la photographie comme un moyen de se retrancher dans un univers peuplé de personnages à la fois graves et drôles, la guerre comme cadre principal n'est pas vraiment compatible avec la photo », soulignait Fouad el-Koury dans son ouvrage. « Cette première expérience était loin de coller à mes attentes. Pourtant je m'y accrochais comme celui qui, à peine rencontre-t-il une personne dont il pressent qu'elle pourrait devenir amie, lui raconte des faits marquants de sa vie, sans se soucier de produire une continuité, espérant qu'avec le temps, elle replacera les premiers dans leur contexte pour se faire une idée plus cohérente de son interlocuteur. C'était l'état d'esprit dans lequel j'opérais au début de la guerre. Je laissais les images venir à moi sans me soucier de leur pertinence, remettant à des jours plus calmes le soin de les mettre bout à bout et de comprendre ce qu'elles signifiaient. »
L'amour ou la guerre ? L'amour et la guerre aussi, selon Fouad el-Koury... Ces deux mots sont aussi vieux que le monde, ou presque. Et on n'a pas fini de les utiliser. Ils s'imposent à nous avec violence. Pourquoi ? Parce qu'ils n'existent pas seulement au niveau de la société, ou des peuples ; ils existent dans chacun de nos cœurs.
« L'amour est une espèce de service militaire. Arrière, hommes lâches ! » Ovide avait encore une fois raison.  

* Centre Gefinor, bloc E, Clemenceau, jusqu'au 14 août.
Trois ans déjà. Trois ans déjà que la guerre des 33 jours a ravagé le pays du Cèdre. Pour marquer ce funeste souvenir, Fouad el-Khoury expose une série de 33 photos datées et disposées de manière chronologique du 13 juillet au 14 août 2006. N'y allons pas par quatre chemins. Il est clair que el-Koury dévoile, dans cette exposition, un aspect très intime de sa vie. Alors que son pays subit les assauts de l'aviation israélienne, le photographe est atteint en plein cœur par le départ inopiné (et annoncé au téléphone) de sa compagne. Suivant le conseil de Napoléon 1er qui disait « En guerre comme en amour, pour en finir il faut se voir de près », il quitte le Beyrouth...
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