« La délégation nord-coréenne n'a offert qu'un refus insistant de reconnaître que la Corée du Nord était engagée sur le mauvais chemin », a estimé Mme Clinton en marge d'un Forum sur la sécurité (ARF) de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean). « Ils n'ont manifesté aucune volonté de poursuivre sur la voie de la dénucléarisation et c'était inquiétant. » L'ARF regroupe les dix pays de l'Asean et 17 pays ou blocs dont les États-Unis, la Chine et l'Union européenne. Leurs chefs de la diplomatie étaient réunis sur l'île de Phuket, dans le sud de la Thaïlande.
Pour tenter de convaincre la Corée du Nord, la responsable américaine a avancé la perspective d'« une aide énergétique et économique significative » en échange.
Mais Pyongyang a jugé son offre « absurde » et laissé peu d'espoir à un retour aux pourparlers à six pays (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Japon, Russie, États-Unis) sur sa dénucléarisation. Un responsable présent à Phuket, Ri Hung-sik, a affirmé que le dialogue ne reprendrait pas tant que Washington n'abandonnerait pas « sa politique hostile ».
Par le biais de la presse officielle, le régime communiste s'en est même directement pris à la secrétaire d'État. Un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères cité par l'agence officielle KCNA, a accusé Mme Clinton d'avoir « fait une série des remarques vulgaires indignes de sa position (...). Ses paroles suggèrent qu'elle est inintelligente, a-t-il ajouté. Nous ne pouvons pas faire autrement que de considérer Mme Clinton comme une drôle de femme, car elle aime user d'une telle rhétorique, ignorante des usages élémentaires au sein de la communauté internationale ». « Tantôt, elle ressemble à une écolière, tantôt à une retraitée allant faire des courses », a-t-il ironisé.
Pyongyang a quitté la table des pourparlers après avoir été condamné par l'ONU pour un tir de fusée en avril. Depuis, le régime communiste a procédé à un deuxième essai nucléaire et des tirs de missiles, déclenchant une nouvelle résolution de l'ONU que Mme Clinton a demandé à l'ARF de fermement appliquer.
Adoptée le 12 juin à l'unanimité, la résolution 1874 de l'ONU prévoit un système renforcé d'inspection des cargaisons aériennes, maritimes et terrestres à destination ou en provenance de Corée du Nord et un élargissement de l'embargo sur les armes. Elle interdit de fournir tout service financier susceptible de bénéficier au programme d'armement nord-coréen.
La secrétaire d'État américaine s'est félicitée d'avoir été entendue par de « nombreux » pays, y compris la Birmanie, sur cet appel à un respect des sanctions onusiennes.
Le chapitre birman était également à l'honneur sur l'agenda des ministres des Affaires étrangères de l'ARF. Mercredi, les États-Unis avaient déjà redemandé à la junte birmane de libérer l'opposante Aung San Suu Kyi incarcérée depuis mi-mai pour violation présumée des règles de son assignation à résidence et risque jusqu'à cinq ans de prison.
Avant de repartir de Phuket, Mme Clinton a encore convenu de réunions annuelles entre son pays et quatre nations du bassin du Mékong (Thaïlande, Vietnam, Laos et Cambodge), en vue d'une coopération en matière de ressources hydrauliques.

