Il faut en tout cas bien de la persévérance pour ne pas se lasser de l'incompétence des responsables et de la mauvaise foi des contrevenants et de leurs « protecteurs ». Parce que des protecteurs, ils en ont sûrement, sinon ils n'agiraient pas en toute impunité. Ce sont, ironiquement, ceux qui travaillent en faveur du bien public qui en ont très peu...
Le cas des forêts est décidément très affligeant. Quand on pense en avoir tout dit, on découvre que la réalité dépasse encore plus ce qu'on croyait savoir. Et puis, pour tous ceux qui sont convaincus que les siècles apportent le progrès, ils seraient bien déçus de savoir que nous marchons à reculons. L'explication de cette simple constatation se trouve dans cette image : une stèle de l'empereur romain Hadrien, datant du second siècle de notre ère, interdisant les coupes d'arbres... entourée d'arbres abattus et de charbonneries.
L'aberration est bien réelle, et a pour théâtre le site de Jabal Moussa, déclaré forêt protégée par le ministère de l'Agriculture, et récemment proclamé réserve de biosphère par l'Unesco. C'est un témoin qui a rapporté le fait à l'Association de protection de Jabal Moussa, qui a, depuis, porté plainte auprès des ministères de l'Environnement et de l'Agriculture. Mais, comme il arrive souvent, le mal est fait, et la stèle qui se trouve dans la région de Brokta, du côté nord de Jabal Moussa, l'une de nombreuses stèles identiques existant dans les forêts libanaises, est entourée de la fumée des charbonneries.
Comme toujours, les contrevenants se cachent derrière des « permis d'élagage » délivrés par le ministère de l'Agriculture. Pourtant, les ministres de l'Agriculture et de l'Environnement ont promis de mettre un terme au massacre, en interdisant si nécessaire cet « élagage » si fatal. Apparemment sans grand succès. Manque de moyens ou de volonté ?
L'empereur Hadrien avait certainement ses raisons de vouloir interdire l'abattage d'arbres dans ces contrées. Ce souci de préservation est remarquable chez cet homme qui, pour avoir régné de manière très autoritaire, n'en était pas moins connu pour sa culture, son amour des belles lettres et son raffinement.
Avec cette stèle retrouvée à Jabal Moussa, ce sont les mots qui y sont inscrits qui semblent soudain si dérisoires. Les plaintes des amoureux de l'environnement restent, elles aussi, trop souvent lettres mortes. Même les promesses de deux ministres sonnent creux.
Seul le silence dont s'entourent les abatteurs d'arbres pour perpétrer leur crime est assourdissant.

