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Culture - Festival De Baalbeck

Le piano miraculeux de David Fray

Concert Un moment hors du temps grâce au piano miraculeux de David Fray au temple de  Bacchus au Festival de Baalbeck. Une approche et une interprétation inédites et fascinantes de Schubert et de Bach...

La frange rebelle lui mangeant le visage, les cheveux dans la nuque, la silhouette filiforme et gracile, David Fray, à vingt-huit ans, a toute l'allure d'un séduisant jeune premier. Costume noir sur chemise blanche au col cassé, le pianiste très haut de gamme vient s'asseoir, sous les premiers applaudissements, sur une chaise (oui et non un tabouret !) devant un clavier qu'il tient presque à distance avec un buste droit et rigide comme un « i » ....
Dans son attitude à la fois butée et passionnée, il y a là, brusquement, presque l'ombre d'un Glenn Gould avant que le nez ne pique aussi littéralement vers les touches d'ivoire où les doigts fouillent fébrilement, rageusement...
Du Schubert comme il n'a jamais été donné d'écouter aux « pianophiles » les plus avertis et les plus chevronnés. Un héritage romantique libéré de ses morsures fatales, de ses nuits profondes, de ses fièvres endémiques, de ses bouillonnements théâtralement fébriles, des ses entortillements complexes et secrets...
De  l'Allegretto en ut mineur aux Moments musicaux en passant par ce somptueux Klavierstucke n2  D 946 la voix de Schubert, ce voyageur immobile qui est constamment resté à Vienne a, sous les doigts de David Fray, des échos nouveaux, insoupçonnés, presque méconnus...
Tous ces pianissimi, cette radieuse lenteur, cette célérité aux pulsations sûres, ce rythme singulier pour une narration oscillant entre lumière et pénombre, voilà l'univers du compositeur des lieder et de Marguerite au rouet brusquement touché par une grâce et une baguette magiques...
Des éclats sonores superbes dans leur lyrisme roi maîtrisé par un pianiste qui apporte un plus tangible et vengeur au génie modulatoire de Franz Schubert. En revisitant ces quelques opus d'un sens mélodique intense, par un jeu étincelant et hypnotique, de l'œuvre pianistique de Schubert, David Fray illustre avec netteté et un talent fou toute l'ambiguïté qui plane sur des pages frémissantes de sensibilité et de poésie.

Technicité et sensibilité
Le brillant jeune pianiste au charisme indéniable sur scène illustre à souhait la phrase du poète Johan  Mayrhofer  parlant de Schubert « : Son caractère était mélangé de tendresse et de rudesse, de sensualité et de naïveté, de civilité et de mélancolie. »
 Contrastes et nuances éminemment mis en relief et évidence par un pianiste qui semble parfaitement chez lui dans des partitions, non seulement exigeant une haute technicité du clavier, mais aussi une sensibilité à la précision infinitésimale et à l'énergie vive. Une lecture et une interprétation de Schubert, qui sortent des chemins battus, qui convainquent et étonnent...
Entracte aux bruits d'une pétarade de nouba « baalbakiote » qui va, sans honte aucune, copieusement traîner en longueur pour couvrir parfois le chant du Cantor au clavier... Au réveil des vieilles pierres sous l'adéquat éclairage des dentelles de pierres sculptées, David Fray attaque, avec un invincible cheval de bataille, la Partita n 6 BWV 830 en mi mineur de J.S. Bach.
 Longue narration obsédante, contrapuntique, entêtée, toute en  architecture fine lumineusement charpentée. Notes droites admirablement enserrées dans un  jeu  à l'influx rythmique d'une exceptionnelle beauté.
Seule tâche au tableau, le comportement (plouc) de l'auditoire qui entre bien cavalièrement après les premières mesures, à pas lourds et bruyants, avec la délicatesse des éléphants dans une galerie de porcelaine... Sans parler de ces feux d'artifice impromptus que nul n'a pu arrêter, même pas la renversante beauté, la ferveur et la grande richesse de l'humanisme de la Renaissance d'un opus du Cantor...
Ovation à tout rompre pour un artiste à la présence magnétique, y compris ses regards torves et réprobateurs pour le cortège sans gêne de retardataires !
C'est avec un sourire ravageur que David Fray déclare qu'il est heureux de se produire dans la cité du Soleil. En bis, encore du Schubert.
Et pour rester dans le ton de tous les impromptus du côté de l'audience et de l'indéfendable attitude de l'environnement « baalbakiote », voilà pour un plaisir et une magie prolongés l'Impromptu n2  du compositeur de La Belle meunière.
Premières phrases virevoltantes et tourbillonnantes comme une toupie lâchée au gré de ses incoercibles mouvements giratoires... Atmosphère détendue pour une œuvre qui respire les grandes vacances et la liberté, tout en faisant un clin d'œil à une certaine éruption toute romantique. Une fois de plus le piano a magistralement chanté sous les doigts d'un artiste  aux succès fulgurants, qui est déjà bien plus qu'une étoile montante...
La frange rebelle lui mangeant le visage, les cheveux dans la nuque, la silhouette filiforme et gracile, David Fray, à vingt-huit ans, a toute l'allure d'un séduisant jeune premier. Costume noir sur chemise blanche au col cassé, le pianiste très haut de gamme vient s'asseoir, sous les premiers applaudissements, sur une chaise (oui et non un tabouret !) devant un clavier qu'il tient presque à distance avec un buste droit et rigide comme un « i » ....Dans son attitude à la fois butée et passionnée, il y a là, brusquement, presque l'ombre d'un Glenn Gould avant que le nez ne pique aussi littéralement vers les touches d'ivoire où les doigts fouillent fébrilement, rageusement...Du Schubert comme il n'a jamais été...
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