Berry applaudit des deux mains la méthode réfléchie et discrète de Hariri. Le président de la Chambre relève que l'intéressé opère dans le calme loin de tout tapage médiatique, ce qui constitue un gage d'efficacité, sinon de succès. Il ajoute que les éclaircies extérieures se répercutent positivement sur le plan local et facilitent la formation du gouvernement.
Mais les passes d'armes politiques se poursuivent. Les prosyriens prennent la défense de Damas, soupçonné de vouloir rentrer au Liban par la fenêtre de la formation du nouveau cabinet, en assurant qu'il ne se mêle de rien. Ils soutiennent que c'est l'Arabie saoudite qui a fait courir les bruits, faux selon eux, sur l'injonction syrienne lancée à Hariri de visiter Damas avant de former son gouvernement. Ou encore sur la proposition qui lui aurait été faite d'assister, aux côtés du président Sleiman, au sommet syro-saoudien. Sans compter le projet d'une conférence de Damas sur le Liban, pour instiller Doha dans Taëf. C'est-à-dire pour rajouter au pacte national l'obligation de réserver le tiers de blocage à l'opposition. Donc, selon les opposants, tout cela ne serait qu'un tissu de fables tissé par les Saoudiens.
De ce renvoi de balle, les loyalistes en ont le souffle coupé. Ils relèvent d'abord que l'Arabie saoudite veut protéger et aider les Libanais, tandis que la Syrie ne songe qu'à les replacer sous sa coupe. Ils ajoutent que la rigueur religieuse des wahhabites leur interdit des manipulations médiatiques mensongères. Pour eux, en repassant la patate chaude à Riyad, les prosyriens cherchent à disculper Damas devant la communauté internationale, les Occidentaux et les Arabes modérés que ses exigences concernant la formation du gouvernement libanais incommodent et inquiètent. Les Saoudiens, rappellent les loyalistes, nous ont toujours pressés de dialoguer avec les opposants et de promouvoir la détente. Ils nous ont toujours conseillé de faire des concessions, jamais d'en découdre. Cela, sans se permettre d'entrer dans les détails, car ils ne s'immiscent pas dans les dédales de la politique politicienne libanaise comme le font les Syriens.
Cela étant, observent les loyalistes, l'Arabie saoudite souhaite, certes, normaliser ses relations avec Damas, mais pas au point de lui redonner le Liban. Non seulement elle n'y trouve aucun intérêt, mais elle est aussi convaincue que seul un Liban vraiment stabilisé, donc effectivement souverain et indépendant, est bon pour la stabilité régionale tout entière. Donc, les propositions évoquées plus haut, qui visent manifestement à rétablir au Liban une influence syrienne dominante, ne sauraient avoir été avancées par Riyad.
Les positions des prosyriens permettent de penser que s'il y a un mieux entre Riyad et Damas, il n'y a toujours pas d'accord consistant sur le dossier libanais. Comme c'est dans la célérité qu'une pression est efficace, la Syrie a tenté de presser le mouvement, par ses invites, ses injonctions plutôt, à Hariri. En espérant sans doute que, puisqu'elle va recevoir les Saoudiens, ces derniers recommanderaient à Hariri de répondre favorablement à ses exigences. Il semble qu'il n'en ait rien été : seul affichage public du Premier ministre désigné, sa déclaration certifiant que le gouvernement du Liban se forme au Liban seulement. Et son assurance qu'il n'irait pas à Damas avant d'en avoir terminé, même pas sous le prétexte d'y voir les Saoudiens.
Sur le plan pratique, des sources informées indiquent que Hariri a effectivement retenu une formule de 30. Sans accepter de se soumettre à un quelconque chronométrage, il espère mettre sur pied assez rapidement une équipe fondée sur le principe du sain partenariat, émoussant le clivage 14-8 Mars. Sans tiers de blocage, sans représentation des blocs parlementaires à la proportionnelle numérique, un cabinet comprenant des pôles politiques mais également des technocrates. La priorité d'action allant au redressement socio-économique et c'est pourquoi Hariri devrait consulter les organismes économiques et les structures de la société civile.

