Les élections terminées et remportées par le camp du 14 Mars, l'Arabie saoudite a appuyé la candidature de son allié Saad Hariri à la présidence du Conseil. La Syrie n'a pas réagi, attendant la suite... qui n'a pas tardé à arriver avec la première visite de l'émir Abdel Aziz ben Abdallah à Damas. Au total, il y en aurait eu trois. La première, comme on le sait maintenant, s'est plutôt mal passée, les Saoudiens présentant une sorte de liste de revendications, forts de la victoire de leurs alliés aux élections législatives et souhaitant aider au maximum Saad Hariri. La réponse des Syriens a été concise, invitant les émissaires saoudiens à dialoguer directement avec l'opposition.
Entre-temps, deux événements d'importance différente se sont produits : les émeutes en Iran, qui selon certains analystes devaient remettre en question les fondements du régime, ont été relativement circonscrites et la crise a suivi la voie d'un règlement interne entre Hachémi Rafsandjani, véritable moteur des contestations, et le guide spirituel de la Révolution, l'ayatollah Khaménéi. Ensuite, l'incident de Aïcha Bakkar entre des partisans du mouvement Amal et d'autres du Courant du futur (qui ont causé la mort d'une jeune femme) ont rappelé la fragilité de la situation sécuritaire et la nécessité de renforcer l'entente interne pour éviter les dérapages. Les émissaires saoudiens ont alors repris le chemin de Damas proposant un sommet tripartite (Syrie-Arabie saoudite-Liban) auquel se joindrait le Premier ministre pressenti, ou à défaut, une sorte de conférence de réconciliation syro-libanaise à Damas sous l'égide du roi d'Arabie. Les Syriens ont accueilli favorablement l'idée et les deux émissaires saoudiens sont aussitôt venus au Liban pour en informer Saad Hariri. Ce dernier a ensuite présenté les scénarios à Ghazi Aridi, émissaire de Walid Joumblatt, et il a envoyé son cousin Nader Hariri chez Samir Geagea et Amine Gemayel. Si Joumblatt n'a pas émis d'objection, les deux chefs chrétiens ont exprimé leur refus du principe de la visite à Damas avant la formation du gouvernement. Saad Hariri s'est alors rendu à Riyad pour expliquer la difficulté d'exécuter un tel scénario. Alerté entre-temps par des parties libanaises, le secrétaire d'État adjoint américain pour les Affaires du Moyen-Orient Jeffrey Feltman a abondé dans le sens des chrétiens du 14 Mars, et l'Égypte, qui continue à adopter des positions hostiles à la Syrie, est intervenue à son tour.
En principe, la Syrie attend de nouvelles propositions de la part des Saoudiens. Mais des sources libanaises proches des autorités de Damas affirment que celles-ci évoquent trois scénarios possibles : soit la majorité parlementaire libanaise forme seule un gouvernement, soit les deux parties s'entendent pour former un gouvernement d'union, soit une intervention de la Syrie est requise et dans ce cas, il serait bon que le Premier ministre pressenti se rende à Damas pour que les dirigeants syriens fassent sa connaissance, avant de demander des concessions à leurs alliés...
En toute vraisemblance, le scénario du gouvernement exclusivement formé par la majorité ne semble pas à l'ordre du jour. Le Premier ministre pressenti Saad Hariri a donc choisi de tenter le second scénario, en attendant d'éventuels développements régionaux. Il a ainsi entamé une série de contacts avec les parties libanaises, celles du 14 Mars d'abord, mais il a aussi établi un premier contact avec le CPL - qui, jusqu'à lundi, se plaignait encore d'être exclu des négociations - en se réunissant avec le ministre des Télécommunications Gebrane Bassil. Après la visite protocolaire effectuée par le Premier ministre au général Aoun, c'est la première réunion de négociation à proprement parler. Des sources proches du CPL affirment que la rencontre était positive et qu'il s'agit d'un premier pas, les débats s'étant concentrés sur les principes généraux. Il devrait donc y avoir d'autres rencontres du même type et peut-être avec d'autres protagonistes. Le processus devrait en tout cas prendre du temps. À moins que les contacts syro-saoudiens ne connaissent de nouveaux développements, surtout à la veille du sommet des non-alignés à Charm el-Cheikh, pour lequel, jusqu'à présent, la Syrie compte envoyer comme représentant le vice-ministre des AE Fayçal Mokdad...

