Quatre pianos à queue nez à nez sur la scène et un peu au fond l'orchestre de chambre de l'Orchestre symphonique national libanais placé sous la direction de Walid Moussallem qui révèle au public, pour la première fois, ses talents de maestro...
Au menu, des concertis de Jean-Sébastien Bach où claviers et orchestre se donnent la réplique dans un esprit baroque parfaitement concertant.
Pour le 10e anniversaire de la Fondation Résonance, la musique de Bach, père des musiciens et maître influent des génies de tous les temps, a enchanté un auditoire nombreux venu applaudir des partitions aux lignes d'une architecture finement dentelée et à l'équilibre souverain.
Tout l'esprit et le faste de l'humanisme de la Renaissance habitent ces pages vibrantes de vie et empreintes d'une certaine ferveur et piété.
De l'ouverture avec le Concerto pour piano et orchestre en ré majeur BWV 1050 (à l'adagio d'une déchirante tendresse et d'une douceur d'ange) et le Concerto pour 4 pianos et orchestre en la mineur BWV 1065 de l'organiste d'Ohrdruf, Muhlhausen et Weimar, la musique est un véritable
baume pour l'âme.
Flot de notes lumineusement bachiennes pour les concertis pour 2 pianos et orchestre en do majeur BMW 1061 ainsi qu'en do mineur BWV1060, pour 3 pianos et orchestre en ré mineur BWV 1063 ainsi qu'en do majeur BWV 1064 sous les doigts des treize pianistes qui se sont succédé devant les touches d'ivoire. Noms des treize pianistes, tous des filiales de la Fondation Résonance, qui ont défilé sous la flaque de lumière : Jean-Claude Dénerveaud, Anne-Sophie Schorter, Ysabel de Dinechin, Geneviève Ravanel, Martine Greandjean, Henriette Balland, Davide Di Censo, Shireen Maalouf, Hélène Porcher, Lavinia Dragos, Maryse Karam, Pilar Guarne, Hala Kahi.
Richesses et inégalité de la multiplicité pour des nuances diverses ainsi que différentes touches (et qualité de toucher !) du clavier pour la généreuse et prolifique inspiration d'un musicien père de vingt enfants...
Avant l'entracte, la splendide présence d'une cantatrice, la soprano Akiko Nakajima, invitée d'honneur aux cheveux d'ébène, aux lèvres vermillonnées, sanglée dans un bustier argentée, avec jupe longue en soie et foulard en gaze blanche autour du cou. Vaporeuse apparition à la voix d'or pour une frémissante aria du cantor.
Un concert de plus de deux heures entaché, cependant, par le bourdonnement soutenu, comme une corde en irritante sostenuto, des climatiseurs, sans parler de deux projecteurs à la force solaire aveuglante, plantés droit dans les yeux des auditeurs tout le long de la première partie du programme.
Pour célébrer dans la joie et un peu avec une certaine convivialité de scène ce dixième anniversaire de la Fondation Résonance la musique de Bach. Cette musique qui, selon les termes de Pablo Casals, sait « rendre humaines les choses divines et divines les choses humaines »...

