En 2008, le pays a produit de quoi exporter 3,4 milliards de dollars en opium et dérivés (morphine et héroïne), soit l'équivalent d'un tiers de son PIB officiel légal, selon l'ONU.
Seuls quelque 20 % de cette somme va dans la poche des paysans, le reste partant « dans des banques à Dubaï ou ailleurs », confie un ancien responsable américain de la lutte antidrogue qui a œuvré plusieurs années dans le pays.
« L'Afghanistan est une napoléonienne, mais pas un narco-État », car « il y a des ministres et des activités gouvernementales non influencées par les stupéfiants », explique-t-il sous couvert d'anonymat
Nombre de grandes fortunes d'Afghanistan se sont bâties sur la drogue. Le propre frère du président Hamid Karzaï, Ahmad Wali Karzaï, a été maintes fois accusé d'être impliqué dans son trafic, ce qu'il a toujours nié en bloc.
L'économie de la drogue génère une « corruption endémique » qui « pourrait devenir culturelle si nous n'y prenions garde », prévient l'ex-agent américain.
Elle se nourrit de la faiblesse d'une économie légale laissant peu de moyens d'échapper à la misère : 42 % des Afghans vivant avec moins d'un dollar par jour.
Les ressources naturelles abondantes (métaux, pierres précieuses, gaz naturel...) restent sous-exploitées faute d'infrastructures, détruites par trois décennies de guerres et d'une sanglante insurrection.
D'autres secteurs partis de rien affichent toutefois une croissance intéressante, comme la banque ou les télécoms.
Dans un pays à 80 % rural, la sécheresse et l'augmentation des violences ont fait plafonner la croissance en 2008 (3,4 % contre 12,1 % en 2007), selon le Fonds monétaire international (FMI).
Les mauvaises années, la population souffrirait de la famine sans aide étrangère, faute notamment de moyens de stockage des récoltes.
Cette précarité pousse nombre de paysans vers l'opium, dont l'Afghanistan fournit 90 % de la production mondiale.
En dépit des campagnes antidrogue, la production n'a reculé en 2008 que de 6 %, après une hausse de 34 % en 2007, note l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS).
La culture s'est concentrée : répandue dans 26 provinces en 2007, elle n'en concernait plus que sept l'an dernier, selon l'ONU. Plus précisément, « 60 % de la production afghane vient de la province du Helmand » (Sud), la plus violente du pays et bastion des talibans, selon l'ex-agent antidrogue.
Selon l'administration américaine, le trafic de drogue finance toujours la guérilla talibane à hauteur de 60 à 80 millions de dollars par an, l'OICS évoquant de son côté jusqu'à 200 à 300 millions de dollars.
L'ex-agent antidrogue américain voit la narcoéconomie comme une malédiction, qui empêche l'économie de se normaliser en poussant les responsables locaux à s'allier aux trafiquants, eux-mêmes parfois alliés aux insurgés.
Le chercheur français Pierre-Arnaud Chouvy la considère plutôt comme « un mal temporaire mais nécessaire sur la voie de la reconstruction », estimant le pays trop pauvre pour se priver d'un coup de cette énorme ressource.
Les États-Unis ont annoncé récemment une nouvelle stratégie pour l'Afghanistan, avec plus de soldats et d'argent, mais aussi moins d'« efforts » pour éradiquer les récoltes, jugés « totalement inefficaces ».
Plus que d'attendre dix ans que l'économie décolle, la priorité est désormais de « former assez de forces de sécurité afghanes » capables de tenir le pays dans la perspective d'un retrait des troupes internationales « d'ici à quelques années », confie un diplomate européen.


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