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Liban - Hygiène Publique

Où en sont les stations d’épuration des eaux usées ?

On rappelle régulièrement que la plus grande source de pollution du littoral vient des eaux usées qui s'y déversent régulièrement. Les stations d'épuration des eaux usées, on en parle depuis les années 90, et le retard dans leur réalisation et leur mise en œuvre est énorme. Qu'est-ce qui a été fait depuis ? Le point avec l'organisme chargé de leur construction, le Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR).
Où en est la construction des stations d'épuration des eaux usées ? On apprend, à notre grande surprise, que plus d'une station a été finalisée, mais que celles-ci, outre Baalbeck, ne sont toujours pas opérationnelles, ou le seront dans un délai plus ou moins long. Face à la complexité de la situation, l'ingénieur Youssef Karam, responsable du dossier au sein du CDR, revient en détail sur ce qui a déjà été fait.
Interrogé sur le retard dans la réalisation des stations, qui devait commencer dès les années 90, il rappelle que le projet de construction des stations devait se faire avec un prêt de la Banque mondiale (BM), mais qu'il est tombé à l'eau en raison de problèmes liés à la recherche d'emplacements pour situer ces stations, « qui faisaient l'objet de protestations populaires ». Pour ce qui est des retards observés ces dernières années, M. Karam a en outre évoqué des obstacles politiques, soulignant que les nouveaux prêts pour les stations ont été obtenus en 2003 et 2004, certains cependant datant toujours des années 96-97.
Pourquoi certaines stations finalisées ne sont toujours pas opérationnelles ? « Ces stations attendent la construction des réseaux qui y seront reliés », dit-il. Pourquoi alors les avoir construites avant l'achèvement des travaux sur les canalisations ? « Ce n'est pas illogique comme on pourrait le croire, précise-t-il. En fait, il faut que la station soit prête avant les réseaux. Mais il ne faut pas non plus qu'il y ait trop d'écart entre la construction des deux. Pour notre part, nous lançons en même temps les appels d'offres pour les stations et pour les réseaux. Notre problème est lié au budget : parfois, les prêts ne couvrent que la construction de la station, mais nous les prenons quand même parce qu'ils parviennent sous de bonnes conditions. Ensuite, il reste à débrouiller les prêts pour les réseaux, ce qui prend du temps. »
Quelle proportion de la superficie du Liban est-elle, selon lui, couverte par les réseaux d'égouts ? « C'est très difficile à déterminer, parce que plusieurs instances sont habilitées à construire des réseaux d'égouts, répond M. Karam. Le CDR se charge des très grandes canalisations qui servent à connecter les réseaux existants, qui sont là parfois depuis 10 à 15 ans. Il y a plus d'un ministère qui en a installé aussi, ainsi que, dans certaines régions, des organisations de la société civile. Et avec tout cela, aucun chiffre précis. » Selon certains chiffres approximatifs, il est probable que Beyrouth soit couverte à 90 %, le Metn à 65 %, Zahlé à 60 %, et d'autres régions à taux divers, certaines ne dépassant pas les 10 %.
En tout et pour tout, il devrait y avoir une vingtaine de stations installées au Liban. Selon M. Karam, les stations côtières couvriront les besoins de 65 % de la population, les stations internes en desserviront 15 %, donc 80 % de la population en tout. Pour ce qui est des 20 % restants, qui se trouvent surtout dans des régions isolées et difficilement accessibles, une centaines de petites stations seront nécessaires. M. Karam affirme avoir exploré en Espagne des options pratiques et écologiques, comme le fait d'utiliser la végétation, plus précisément des plantations de peupliers ou de bambous, ou encore des filtres plantés de roseaux, pour l'épuration de l'eau : les eaux usées les traversent et en ressortent propres. « Ce n'est toutefois pas une option pour les villes, parce que de telles méthodes requièrent une surface de quelque trois à six mètres carrés pour chaque habitant », souligne-t-il.
Toutes ces stations seront conçues suivant le système de traitement secondaire, l'eau en ressortira donc à 95 % propre. Les boues seront collectées séparément. Ce qui manquera, ce sera le traitement viral ou de l'excédent de carbone, de nitrate et de phosphore, qui « n'est utile que si on veut réutiliser l'eau », selon l'expert. « C'est la raison pour laquelle, tant que le traitement tertiaire ne sera pas adopté, nous ne pouvons rediriger l'eau vers l'irrigation, explique-t-il. D'une part, cette eau traitée ne vaut pas pour toute sorte d'irrigation. D'autre part, cela peut coûter très cher de l'acheminer pour d'autres utilisations, comme le lavage des rues par exemple. Mais si cette décision est prise à tout moment, les stations sont prêtes et peuvent être complétées et modifiées. En tout cas, pour toute réutilisation, il faut s'assurer que l'opération est rentable. »

Tripoli inaugurée, Baalbeck en service
Dans ce qui a déjà été réalisé, la station la plus nouvellement mise en service est celle de Baalbeck : elle dessert la ville et ses environs, et a une capacité de 12 000 mètres cubes par jour. La station de Tripoli a aussi récemment été inaugurée, c'est la plus grande à cette date. Selon M. Karam, elle sera complètement fonctionnelle dans trois ou quatre mois, le temps de terminer le tunnel en cours de réalisation, qui y acheminera les eaux usées. Cette station, desservant Tripoli, Minyeh, Beddawi et Qalamoun, aura une capacité de traitement de 135 000 mètres cubes par jour, et est entièrement financée par la Banque européenne d'investissement. Elle est dotée d'un incinérateur pour les boues. « Cette incinération-là ne dégage pas de dioxine, précise l'ingénieur en réponse à une question sur ce point, parce qu'il n'y a pas de matières chlorées. Les déchets qui en résultent sont inertes et peuvent être emmenés dans une décharge. Il est évident que ceux-ci restent un problème dans l'absolu, mais ils ne constituent que 10 % du volume initial des eaux usées, et il ne faut surtout pas les jeter à la mer. La technologie d'incinération que nous avons adoptée est conforme aux standards européens. Plus tard, nous pourrions envisager d'envoyer les cendres aux cimenteries comme cela se fait dans d'autres pays, mais il faut voir si celles-ci pourront les accueillir. »
Autre détail intéressant sur la station de Tripoli : les canalisations ont été fabriquées en Norvège et acheminées par bateaux (qui les traînaient derrière eux), jusqu'au Liban. Son seul entretien coûtera entre trois et quatre millions de dollars par an, des frais qui seront pris en charge par l'Office des eaux du Nord, comme c'est l'usage, précise M. Karam.
Les stations dont la construction a été achevée sont celles de Chekka, Nabatiyeh et Jiyeh. Elles ne seront opérationnelles que lorsque les réseaux d'égouts qui doivent y être reliés seront terminés. D'autres projets sont en cours d'exécution : les stations de Batroun, Jbeil, Békaa-Ouest (deux stations à Saghbine et à Jeb Jenine, avec les réseaux d'assainissement) et Zahlé. Les stations de Saïda (dessert le caza, avec une capacité de 55 000 mètres cubes par jour) et de Ghadir (au sud de Beyrouth, une station ancienne mise en service avec seulement un traitement préliminaire) sont déjà en service. La transformation de Ghadir en station de traitement secondaire et la construction du reste des réseaux d'assainissement sont en phase de préparation de l'appel d'offres. Les autres stations sont encore soit en cours de préparation de l'appel d'offres, soit en phase d'études. Récemment, la convention a été signée pour la construction de la station du Kesrouan.
Mais qu'en est-il de Beyrouth, principale concentration démographique ? M. Karam précise que le problème reste insurmontable pour l'instant dans la capitale. En effet, l'emplacement de la station a été prévu à Bourj Hammoud, près du célébrissime dépotoir. Or, selon le CDR, il fait face à un net refus de la part de la municipalité. Ne trouve-t-il pas que c'est normal après toutes les sources de pollution dont souffre cette zone ? Pourquoi ne pas opter pour une autre localité ? « C'est vrai que c'est compréhensible, mais nous ne pouvons plus rien y faire, dit-il. Les deux grands collecteurs qui convergent vers la future station, l'un venant du nord et l'autre du sud, de Raouché, sont déjà installés. Il serait trop compliqué de modifier le plan maintenant. »
La station devant desservir Beyrouth est donc la principale à être bloquée actuellement, confirme-t-il. Il ajoute qu'elle devrait être similaire à celle de Tripoli, mais avec une plus grande capacité de traitement.
Où en est la construction des stations d'épuration des eaux usées ? On apprend, à notre grande surprise, que plus d'une station a été finalisée, mais que celles-ci, outre Baalbeck, ne sont toujours pas opérationnelles, ou le seront dans un délai plus ou moins long. Face à la complexité de la situation, l'ingénieur Youssef Karam, responsable du dossier au sein du CDR, revient en détail sur ce qui a déjà été fait. Interrogé sur le retard dans la réalisation des stations, qui devait commencer dès les années 90, il rappelle que le projet de construction des stations devait se faire avec un prêt de la Banque mondiale (BM), mais qu'il est tombé à l'eau en raison de...
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