Au cours d'un dîner organisé samedi en l'honneur de sa machine électorale, M. Arslan a félicité le chef du Courant du futur, Saad Hariri, pour sa désignation à la tête de la nouvelle équipe ministérielle. « Mais par souci de préserver le partenariat et l'union nationale, je dois attirer l'attention de tous sur le fait que le Liban ne peut pas être gouverné sur base du concept de la majorité et de la minorité. Il ne peut être gouverné que sur base de l'équilibre, de l'entente nationale et de l'intérêt national supérieur qui se traduit par le partenarit et non pas par le monopole », a-t-il déclaré.
Il a attribué la crise des quatre dernières années au « monopole pratiqué par la majorité », mettant en garde celle-ci contre les tentatives de briser les rangs de l'opposition « qui reste un corps uni ». « Ou bien l'opposition participe en tant que bloc au gouvernement ou bien toutes ses composantes resteront en dehors du cabinet », a-t-il dit.
À Batroun, le ministre des Télécommunications, Gebran Bassil, a estimé, également au cours d'un dîner, que le point de vue de 27 députés est différent de celui d'un seul député dans la mesure où « il a de la valeur et il doit ainsi être pris en compte ». « Ce pays, a ajouté le ministre, ne peut être gouverné qu'à tavers le partenariat et la participation (au pouvoir) parce qu'il n'est pas possible d'exclure 54 % des chrétiens et 56 % des Libanais de la nouvelle équipe ministérielle, qui ne constituerait plus un cabinet d'union nationale ».
Kabbani, Hajj Hassan, el-Saad et Hélou
D'autres voix parmi les chefs religieux et les hommes politiques se sont élevées pour mettre en garde contre un durcissement de position qui retarderait la formation du cabinet. Le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, qui a pris contact avec M. Hariri pour le féliciter, a souligné, dans une déclaration à la presse, la nécessité, pour toutes les parties, de faciliter la mission du nouveau Premier ministre. « Il s'agit d'un devoir national », a-t-il insisté, en estimant que « la période qui commence commande une ouverture de tous les uns sur les autres, le rejet de la rancune et des conflits autour des portefeuilles ministériels à un moment où les Libanais aspirent à un avenir prospère. »
Le chef du Courant chiite libre, cheikh Mohammad Hajj Hassan, a également présenté ses vœux à M. Hariri, estimant que ce dernier a été mandaté d'une mission difficile, « à savoir former un gouvernement qui réponde aux aspirations des Libanais, qui ne comporte pas en lui des éléments de paralysie, qui détienne le monopole de la décision de guerre et de paix et qui puisse mettre le pays sur les rails d'un redressement politique, économique et social ». Selon lui, toutes les parties doivent aider M. Hariri à former son équipe. « Sinon, a-t-il ajouté, que ceux qui œuvrent pour la paralysie se tiennent de côté et laissent le Premier ministre former un gouvernement de majorité. »
De son côté, le député Fouad el-Saad s'est arrêté, dans une interview à l'Agence libanaise d'information, sur les tentatives de paralysie qui commencent, selon lui, à apparaître. Il a affirmé redouter que la facilité avec laquelle M. Hariri a été désigné pour former la nouvelle équipe ne cache une intention d'entraver sa mise en place. « Dans une démocratie, c'est la majorité qui gouverne et l'opposition pratique le rôle dont elle porte le nom et non pas la paralysie. En aucun cas, la démocratie ne signifie que la minorité doit contrôler la majorité ou qu'il faut procéder à un partage de parts, sur base de la proportionnelle », a-t-il dit.
M. Henri Hélou a pour sa part estimé que les intentions au sujet de la formation du nouveau gouvernement seront révélées dans les prochains jours, soulignant que le respect de la Constitution et des règles démocratiques commande le respect du principe de la majorité et de la minorité. « Certains réclament le tiers de blocage, d'autres la proportionnelle, sachant que les deux concepts ne figurent pas dans la Constitution », a-t-il observé.

