Mais la tension dans le quartier prévalait depuis samedi déjà, lorsque pour célébrer la nomination de Saad Hariri au poste de Premier ministre ses sympathisants ont entrepris de tirer en l'air, une manière sans doute d'exprimer leur « joie ». « Ils ont tiré comme des fous, affirme le témoin précité qui a d'ailleurs voulu que son anonymat soit préservé, ensuite les gens de Amal sont arrivés, et les accrochages ont commencé ». La violence a ainsi pris le dessus, et « même les femmes s'y sont mises ». « Elles ont lancé des bouteilles en verre des balcons de leur appartement. Dans la rue, les gens se battaient à coups de bâtons. Les tirs ont repris de plus belle », ajoute-t-il. « Ensuite, des slogans franchement antichiite ont été proférés, certains sont même allés jusqu'à dire que Aïcha Bakkar sera le cimetière des chiites. Ils se sont moqués des symboles religieux chiites. Heureusement, l'armée est intervenue samedi soir et un calme relatif s'est installé. »
Dimanche, la tension restait palpable. Les sympathisants du Courant du futur avaient entrepris toute la journée durant d'accrocher des drapeaux et des slogans partisans dans la zone, lorsqu'en soirée, aux alentours de 19h. de nouveaux accrochages ont eu lieu entre des partisans du Futur et du mouvement Amal. « Nous n'avons pas vu de membres du mouvement Amal dans le quartier », explique le témoin. Mais ce qui est sûr, c'est que des tirs à l'arme automatique ont été entendus et qu'une roquette a été tirée, semant la panique dans la région. « Quand l'armée a investi le quartier, les partisans du Futur ont riposté en faisant usage de cocktails Molotovs». Un peu plus tard dans la soirée, l'armée a enfin eu l'autorisation de faire usage de la force. Les soldats ont frappé les fauteurs de trouble avec leurs fusils, mais les informations obtenues n'ont pas précisé si des arrestations ont été faites dans les rangs des partisans des deux courants rivaux.
Un meneur
« C'est un meneur qui est à l'origine de tous ces troubles, c'est lui qui encourage les gens à descendre dans la rue. Le pire, c'est qu'il n'habite pas le quartier », ajoute le jeune homme qui a bien voulu nous éclairer sur ces regrettables incidents. Des éléments venus de Tarik Jdidé dans la nuit sont ensuite venus à Aïcha Bakkar dans le but d'en découdre avec les partisans du Parti syrien national social (PSNS), mais ils en ont vite été dissuadés par les habitants du quartier qui ont tenu à préciser qu'il « n'y a aucun problème avec le PSNS ». L'armée a ensuite publié un communiqué dans lequel elle a souligné qu'elle avait reçu l'ordre d'ouvrir le feu sur « toute personne armée qui serait présente dans la rue ». « L'armée répondra avec fermeté à toute tentative de battre en brèche la sécurité », a poursuivi le communiqué. La troupe a déclaré avoir pris le contrôle de la situation après avoir donné l'ordre à toutes les personnes armées de quitter la rue sous peine de voir les soldats ouvrir le feu. « La situation est calme, sous le contrôle de l'armée, qui est déployée dans tout le quartier », a ainsi indiqué hier soir un porte-parole de l'armée, sans vouloir donner d'explications sur les raisons des affrontements.
Au total, une femme aura trouvé la mort et cinq autres personnes auront été blessées alors qu'elles ne participaient pas aux incidents qui ont embrasé cette région de la capitale et alors même que les tirs de joie qui avaient accompagné la réélection du président de la Chambre Nabih Berry avaient suscité l'indignation générale.
Le président de la République Michel Sleiman a suivi de près les incidents d'hier soir et s'est empressé de faire plusieurs appels téléphoniques afin de tenter de ramener la situation au calme. Il s'est ainsi entretenu avec le Premier ministre sortant Fouad Siniora, le Premier ministre désigné Saad Hariri, le président de la Chambre Nabih Berry, le ministre de la Défense Élias Murr et de l'Intérieur Ziyad Baroud. Il a également contacté le commandant en chef de l'armée le général Jean Kahwagi. M. Sleiman a mis l'accent sur la nécessité de « contrôler la situation » et de « mettre la main sur les coupables ». De son côté, le ministre de la Culture Tammam Salam a dénoncé « des actions idiotes qui profitent de la moindre occasion pour mettre à mal la sécurité de la capitale ».
Lé.M.

