Au plus fort des combats contre l'occupation, la salle servait plutôt de point de départ à des attaques-suicide contre des cibles israéliennes. Depuis, la vie a lentement retrouvé un cours un peu plus normal. « Cela faisait longtemps que nous avions en tête l'idée de rouvrir, mais la situation sécuritaire ne nous le permettait pas », explique Marouan al-Masri, propriétaire de Cinema City, de nouveau opérationnel depuis début juin. « Dieu merci, la stabilité est revenue. Il ne se passe plus rien depuis deux ans », ajoute-t-il. Durant cette période, l'Autorité palestinienne a déployé des milliers d'hommes, mettant un terme à la quasi-totalité des attaques contre Israël et au chaos qui avait suivi la seconde intifada, en septembre 2000. Ces dernières semaines, les restrictions imposées au principal point de passage contrôlé par l'armée israélienne au sud de la ville ont été allégées. Mais au vu des violences dont la ville a été le théâtre, « la paix économique » favorisée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour mettre un terme au conflit centenaire semble hypothétique.
Les années précédant la première intifada voyaient les habitants de Naplouse se rendre régulièrement dans les quatre salles de la ville pour y applaudir les dernières comédies égyptiennes, les films à succès d'Hollywood et les romances indiennes de Bollywood. Majdi al-Asi se souvient que l'une d'entre elles, un établissement de 870 places géré par le clan familial, se remplissait chaque fin de semaine, les jeunes en bas et les familles nombreuses au balcon. Mais fin 1987, l'explosion de violences contre l'occupation a contraint les commerces à baisser leur rideau de fer et les cinémas en faillite à fermer. En 2000, un obus israélien avait traversé le plafond de l'un d'eux et des inconnus armés avaient dérobé les projecteurs.
Aujourd'hui, cette salle a été reconvertie en parking couvert et son guichet est toujours fermé, de même que les deux autres cinémas de la ville dont la construction remonte aux années 40. « Cela me met en colère », confie Majdi al-Asi en montrant la salle vide qui servait autrefois de bar durant l'entracte. « C'était un beau cinéma, une bonne source de revenus. C'était une partie de notre histoire », dit-il, nostalgique.
Les propriétaires de Cinema City espèrent être plus chanceux. Mais ils craignent qu'une amélioration de la situation économique, si elle n'est pas suivie d'un processus diplomatique vers la création de l'État palestinien, ne suffise pas à empêcher un retour à la violence.
Lutfi Zaghlul, un poète né à Naplouse, se souvient avec nostalgie des images sur grand écran de Marilyn Monroe, de Clark Gable et d'Esther Williams. Mais aujourd'hui, il n'a pas le cœur à retourner au cinéma. « Ce n'est pas le moment d'aller au cinéma. Si nous avions notre liberté, notre indépendance, et notre souveraineté, nous aurions une centaine de cinémas », affirme-t-il, regrettant que les six dollars exigés à l'entrée soient bien supérieurs à ce qu'il payait étant jeune. « Lorsque nous parlons entre nous de la "paix économique", cela nous fait rire. Ce que nous voulons, c'est la fin de l'occupation », ajoute-t-il.
Pour Diana et deux de ses amies, des étudiantes portant foulard, pas question de céder à la déprime. « Nous devons sortir et penser à d'autres choses », lance-t-elle.
Joseph KRAUSS (AFP)


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve