Le fugu (prononcez fougou) ou poisson-globe est un poisson couvert d'épines qui se remplit d'eau et gonfle pour impressionner un éventuel prédateur. Il contient dans ses organes et surtout son foie un poison, mille fois plus mortel que la strychnine ou l'arsenic : la tétrodotoxine (d'où la famille des tétrodons). Trois kilos de fugus non traités suffisent à tuer une quinzaine de personnes. Depuis des siècles, les Japonais raffolent de ce « délice-supplice ». C'est au sud de l'archipel, dans le port de Shimonseki, que la bestiole est réceptionnée. 80 % de la production nationale de fugu part de là. Chiffre d'affaires annuel estimé à 100 millions d'euros. Destination : les grands restaurants japonais où le fugu, servi en sashimi coupé en tranches tellement fines qu'on peut voir la vaisselle à travers, est facturé 300 euros la portion, une portion qui risque de vous laisser sur votre fin ou pire la hâter. En 1975, dans un restaurant de Kobe, l'un des plus célèbres acteurs de kabuki, Mitsugoro Bando, se fait servir le foie de quatres fugus. Son système neuromusculaire se bloque, l'impitoyable toxine effectue insidieusement sa besogne. Aucun antidote, aucune défense immunitaire, Bando va mourir. Le chef cuisinier avait transgressé la loi interdisant l'utilisation du foie. Pour éviter que de tels drames se reproduisent, le gouvernement veille scrupuleusement aux compétences de ses cuisiniers. Un dur apprentissage d'un minimum de trois ans, sanctionné par une licence, est désormais exigé et le futur diplômé doit manger le poisson qu'il a lui-même préparé. Pour en retirer la toxine, il faut enlever le foie, les intestins et les gonades sans la moindre contamination de la chair, et ce par une technique de découpage élevée au Japon au niveau d'un art alors qu'il s'agit surtout d'une question de santé publique. Malgré toutes ces précautions, les accidents existent toujours. Ainsi, les Occidentaux succombent rarement à cette « delicacy » et certains Japonais amateurs de cette roulette russe culinaire n'hésitent pas à faire appel à une ambulance qu'ils gardent à proximité du restaurant au cas où... Le fugu est certes un poisson aussi vénéneux que vénéré.
Lifestyle - Objets Et Histoire
Fous de fougou
OLJ / Par Marise KASSAB, le 19 juin 2009 à 01h59
Le fugu (prononcez fougou) ou poisson-globe est un poisson couvert d'épines qui se remplit d'eau et gonfle pour impressionner un éventuel prédateur. Il contient dans ses organes et surtout son foie un poison, mille fois plus mortel que la strychnine ou l'arsenic : la tétrodotoxine (d'où la famille des tétrodons). Trois kilos de fugus non traités suffisent à tuer une quinzaine de personnes. Depuis des siècles, les Japonais raffolent de ce « délice-supplice ». C'est au sud de l'archipel, dans le port de Shimonseki, que la bestiole est réceptionnée. 80 % de la production nationale de fugu part de là. Chiffre d'affaires annuel estimé à 100 millions d'euros. Destination : les grands restaurants japonais où le fugu, servi en sashimi coupé en tranches tellement fines qu'on peut voir la vaisselle à travers, est facturé 300 euros la portion, une portion qui risque de vous laisser sur votre fin ou pire la hâter. En 1975, dans un restaurant de Kobe, l'un des plus célèbres acteurs de kabuki, Mitsugoro Bando, se fait servir le foie de quatres fugus. Son système neuromusculaire se bloque, l'impitoyable toxine effectue insidieusement sa besogne. Aucun antidote, aucune défense immunitaire, Bando va mourir. Le chef cuisinier avait transgressé la loi interdisant l'utilisation du foie. Pour éviter que de tels drames se reproduisent, le gouvernement veille scrupuleusement aux compétences de ses cuisiniers. Un dur apprentissage d'un minimum de trois ans, sanctionné par une licence, est désormais exigé et le futur diplômé doit manger le poisson qu'il a lui-même préparé. Pour en retirer la toxine, il faut enlever le foie, les intestins et les gonades sans la moindre contamination de la chair, et ce par une technique de découpage élevée au Japon au niveau d'un art alors qu'il s'agit surtout d'une question de santé publique. Malgré toutes ces précautions, les accidents existent toujours. Ainsi, les Occidentaux succombent rarement à cette « delicacy » et certains Japonais amateurs de cette roulette russe culinaire n'hésitent pas à faire appel à une ambulance qu'ils gardent à proximité du restaurant au cas où... Le fugu est certes un poisson aussi vénéneux que vénéré.

