Le visiteur qui pénètre dans cette belle salle aux vieilles pierres effectue son propre parcours. Il ne s'agit pas d'une visite guidée comme celle des musées, « mais un cheminement personnel où chacun peut aller dans son propre imaginaire », précise Friedel.
Grâce aux détecteurs sonores posés près de ces silhouettes qui s'élancent dans une dynamique élévatrice et spirituelle, les voix soudain s'animent et donnent la parole aux marcheurs. Flâner, regarder, s'arrêter, choisir un coin et s'isoler pour mieux méditer et dialoguer avec ces inconnus venus d'ailleurs, mais si présents encore, voilà ce que proposent les deux artistes qui ont conjugué leurs deux disciplines visuelles.
Une visite sensorielle que vient parfaire la lecture des poèmes réunis dans un fascicule (qu'on peut retrouver à l'entrée de la salle). L'installation est également complétée par des sculptures suspendues du plafond, qui créent une vision en trois dimensions de ces marcheurs ainsi que ces planches en papier de riz qui renvoient à chacun des images différentes. Est-ce des allures fantomatiques, une armée de morts-vivants, ou des villages, des villes et des lieux visités par Sybille Friedel lors de sa venue au Liban après l'été 2006 ? Autant de questions qui s'imposent à l'esprit. L'on s'interroge tout en plongeant son regard dans ces dessins calligraphiques et idéogrammes qui suscitent des émotions diverses.
Les textes récités des poètes libanais et universels (Nadia Tuéni, Etel Adnan, Ounsi el-Hage, Georges Shéhadé.... ) dessinent par leurs modulations la « carte du tendre » du Liban.
« Traces » évoque le parcours de ce pays et de son peuple qui, malgré les nombreuses blessures, n'a jamais plié et ne s'est jamais soumis et qui, tels ces marcheurs, a réussi à se relever et à rester...debout.

