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Moyen Orient et Monde - Le Point

Le péril jeune

Paroles d'experts... Les manifestants vont s'essouffler bien vite et alors le mouvement cessera, a dit Meir Dagan, chef du Mossad, devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Nous allons vers la fin prochaine du régime des ayatollahs, a soutenu Aharon Ze'evi-Farkash, patron entre 2002 et 2006 de l'Aman, les services spéciaux de l'armée. Et Ehud Barak, actuel ministre de la Défense, vient de reconnaître qu'il n'y entendait rien. Pour moi, a-t-il affirmé, il n'existe aucune différence entre les deux principaux adversaires à la présidentielle. D'ailleurs, les prophéties, c'est pour les esprits trop crédules. Avis aux jobards en question qui apprécieront.
Faut-il croire que les organisateurs de cette présidentielle iranienne qui tourne au drame ont voulu trop bien faire, comme l'ont montré les chiffres de dimanche dernier ? Tout de même, 62,6 pour cent à Mahmoud Ahmadinejad et 33,8 pour cent à Mir Hossein Moussavi, c'est énorme au vu de la mobilisation populaire en faveur du second, tout au long de la campagne électorale. Le hic, c'est que la soudaine popularité de l'ancien Premier ministre (1981-1989) ne dépasse pas les murs des villes, de Téhéran presque exclusivement. Que la campagne n'ait pas bougé n'étonnera que certains. Il faut dire que le chef de l'État aura beaucoup donné aux pauvres - un peu trop peut-être à l'époque où, le baril frôlant les 150 dollars, il avait entrepris de leur distribuer la manne provenant de l'or noir - quand il se montrait particulièrement chiche s'agissant des citadins et surtout de leur descendance. Des chiffres : les 25 millions de jeunes, qui représentent près de 40 pour cent de la population, sont sévèrement touchés par le chômage. Le taux des sans-emploi dans la tranche d'âge comprise entre 15 et 24 ans est de 25,6 pour cent dans les villes, mais tombe à 19,4 pour cent en province. Facteurs aggravants : entrés sur le marché du travail avec en poche, très souvent, un diplôme universitaire, ces personnes, en attendant des jours meilleurs, ne bénéficient d'aucune prestation sociale ou médicale. À quoi s'ajoute le fait que 80 pour cent des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté, un constat que l'État, comme de bien entendu, se garde d'avaliser.
Principales victimes d'une situation qui n'a cessé d'empirer au fil des années, les nouveaux venus sur le marché du travail se plaignent aussi d'être opprimés, à l'ère de l'Internet, par un système qui, jugent-ils, n'a plus place sinon dans le médiéval Afghanistan. On a tendance à l'oublier, mais à deux reprises déjà, en 1999 puis en 2003, le sentiment de frustration a débouché sur une explosion de colère qui a débordé sur la rue. Cela a duré à chaque fois une dizaine de jours puis tout était revenu à la normale, nourrissant chez les dignitaires du régime un faux sentiment de quiétude. Passé les premiers moments d'affolement, qui ont débouché sur une succession de dérapages - 24 morts, selon des informations concordantes -, on a enregistré, dans les deux camps, quelques signes de retour à la sagesse : proposition de recomptage dans les bureaux de vote en contestation, discrétion des grosses pointures de l'opposition, comme si les uns et les autres découvraient soudain qu'ils avaient été trop loin, trop vite, trop tôt.
Il serait inutile, tant les esprits restent surchauffés, de relever que trois semaines avant le jour J, le Washington Post publiait les résultats d'un sondage effectué par un institut américain prévoyant un avantage de 2 contre 1 au président sortant, ce qui, commentait le journal, reflète l'opinion populaire. Il est vrai que d'autres études aboutissaient à des résultats plus nuancés, mais elles émanaient de parties « réformatrices », dont les conclusions étaient sujettes à caution.
Les mouvements de masse, dit-on, on sait comment ils commencent, mais on ne peut se hasarder à prévoir leur dénouement. Aujourd'hui, le régime iranien donne l'impression de tabler, hasardeux pari, sur les appréhensions d'une opposition comme effrayée par son propre succès et sur une lassitude de l'homme de la rue. L'ennui aussi c'est que, face à son peuple, un régime, quel qu'il soit, s'affole et réagit maladroitement. On n'a pas oublié ainsi l'éclipse momentanée, au plus fort de mai 1968, du général de Gaulle, parti faire le point à Baden-Baden avec son vieux compagnon d'armes. Dans le cas présent, tant Mahmoud Ahmadinejad que son mentor, le guide suprême, disposent de nombre d'atouts. Ils bénéficient du soutien des gardiens de la révolution et des Bassidjis, de celui de la caste militaire, enfin de celui des déshérités. En face, Moussavi peut compter sur l'appui des « modérés », Ali-Akbar Hachémi-Rafsandjani et Mohammad Khatami en tête, deux dignitaires religieux conscients qu'une guerre des chefs sonnerait le glas du système mis en place il y a trente ans par l'ayatollah Khomeyni.
Au-delà des gesticulations enregistrées dans les grands capitales occidentales - il faut bien que les apparences soient sauves -, la question se pose aussi de savoir si le monde est prêt à un éventuel changement de régime, dans un Moyen-Orient aussi explosif et à un moment aussi déterminant pour son avenir. À cet égard, le silence arabe est des plus éloquents.

Paroles d'experts... Les manifestants vont s'essouffler bien vite et alors le mouvement cessera, a dit Meir Dagan, chef du Mossad, devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Nous allons vers la fin prochaine du régime des ayatollahs, a soutenu Aharon Ze'evi-Farkash, patron entre 2002 et 2006 de l'Aman, les services spéciaux de l'armée. Et Ehud Barak, actuel ministre de la Défense, vient de reconnaître qu'il n'y entendait rien. Pour moi, a-t-il affirmé, il n'existe aucune différence entre les deux principaux adversaires à la présidentielle. D'ailleurs, les prophéties, c'est pour les esprits trop crédules. Avis aux jobards en question qui apprécieront.Faut-il croire que les organisateurs de cette...
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