Le sort de la gent féminine du pays est aujourd'hui entre les mains de Sethrida Geagea, Bahia Hariri, Nayla Tuéni et Gilberte Zouein. Par ordre alphabétique, s'il vous plaît, pour ne blesser personne.
Aucune des trois députées réélues n'a, jusque-là, laissé des traces indélébiles de son précédent mandat malgré quelques tentatives louables, mais infructueuses. Quant à Nayla Tuéni, la nouvelle venue, il faut espérer qu'elle tiendra ses promesses de lutter pour obtenir à la Libanaise ayant épousé un étranger le droit de transmettre sa nationalité à ses enfants.
Trois d'entre ces femmes appartiennent au 14 Mars et une seule au 8 Mars. Deux d'entre elles sont maronites, une seule est sunnite et une autre grecque-orthodoxe. Aucune représentante de la communauté chiite, de la communauté grecque-catholique ou de la communauté druze. Aucune Arménienne d'origine, ni une représentante des minorités.
Mieux encore. Toutes ces élues, sans exception, sont épouse de..., sœur de..., filles de.... Aucune n'est arrivée là uniquement grâce à ses propres compétences, son combat pour une cause, son parcours personnel.
Loin de nous l'intention d'ôter tout crédit à ces élues, qui, nous l'espérons, porteront haut la cause de la femme libanaise. Loin de nous la volonté de dénigrer le martyre de leurs proches, auxquels nous vouons tout le respect dû à ceux qui sont morts pour leur patrie.
Mais c'est à en pleurer de frustration, de colère et de déception !
Frustration parce que la femme libanaise vaut bien mieux que 3,125 % des sièges à la Chambre. Colère parce que la femme libanaise devrait être élue pour ce qu'elle est capable d'apporter au pays et non pas pour ce qu'un homme de sa famille a accompli. Déception parce qu'une bonne partie de la société civile est constituée de femmes qui se battent au quotidien pour leurs droits, alors qu'aucune de ces battantes ne représente aujourd'hui la femme libanaise au Parlement.
Les citoyennes rêvaient pourtant d'assister à l'élection d'une militante au moins ; une sorte de Ziyad Baroud au féminin, qui ferait des vagues à chaque passage, qui lutterait corps et âme au sein d'un Parlement machiste pour que la femme libanaise obtienne tous les droits dont elle est aujourd'hui privée, depuis son droit à transmettre sa nationalité à ses enfants (sans exception aucune) jusqu'à celui lié à son statut personnel, sans oublier qu'elle est régulièrement victime de violence, d'abus ou de mariages forcés, pour ne citer que ces quelques exemples.
Les mêmes citoyennes espéraient que, dans la foulée, cette militante pousserait ses confrères de sexe masculin à œuvrer pour la mise en place d'un État de droit, pour le respect des droits de l'homme et de l'enfant. Vœux pieux !
Comprenez, Mesdames les Élues, la déception de citoyennes soucieuses de contribuer et d'assister au développement de leur pays, mais désespérées de constater que rien ne bouge depuis si longtemps. Puissiez-vous leur donner tort, à ces citoyennes sceptiques, et vous démener comme des diables durant les quatre prochaines années pour satisfaire leurs attentes.
Alors, prêtes à relever le défi et à combler le vide féminin au Parlement ?

