Les murs de son modeste appartement sont couverts d'affiches de combattants du Hamas tués par l'armée israélienne et célébrés comme des « martyrs ». « Ils étaient mes frères, je travaillais avec eux », raconte-t-il. Son propre frère, qui souffrait de troubles mentaux, a été l'un des quelque 1 400 Palestiniens tués dans l'offensive de l'armée israélienne de décembre-janvier. Le Hamas a payé pour les funérailles.
Comme d'autres sympathisants du Fateh, le parti rival du président Mahmoud Abbas, il sert à présent le Hamas, sans se faire scrupule bien que les islamistes aient violemment et au prix de plus de 100 morts délogé le Fateh pour prendre le contrôle de la bande de Gaza le 15 juin 2007. Lorsque Israël a renforcé le blocus de Gaza après ce coup de force, Abou Moutaz a perdu son emploi dans l'usine où il travaillait et a été recruté par la police du Hamas.
Ni les pressions internationales, ni l'action de l'Autorité palestinienne, ni le blocus renforcé, ni même l'opération dévastatrice israélienne à Gaza ne semblent avoir entamé le pouvoir du Hamas. « Tout au contraire, elles ont eu un effet boomerang », affirme le politologue Moukhaimar Abou Saada, de l'université al-Azhar de Gaza. Il donne en exemple les taxes que perçoit, selon lui, le Hamas sur le lucratif trafic par tunnels de contrebande à partir de l'Égypte, qui n'aurait pas eu lieu d'être si les marchandises pouvaient passer librement. Ahmad Youssef, un haut responsable du Hamas, admet volontiers que les finances du mouvement islamiste n'ont pas pâti des sanctions. Mais il nie que son mouvement « ait pu tirer le moindre bénéfice du siège », soulignant l'action sociale du Hamas qui paie 20 000 fonctionnaires, notamment grâce à l'aide de l'Iran.
Mais il existe une face plus sombre du pouvoir du Hamas, dans la mesure où ses services de sécurité écrasent toute velléité de contestation qui défierait sa mainmise sur Gaza, surtout par le Fateh. « Les membres du Fateh sont devenus des otages du Hamas à Gaza de la même façon que les membres du Hamas sont devenus otages du Fateh en Cisjordanie », estime Khaled Abou Shamala, directeur du centre al-Dameer de défense des droits de l'homme. Là encore, selon lui, la destruction dans l'opération israélienne des bâtiments officiels à Gaza aurait joué en faveur du Hamas.
Ainsi, au lieu de détenir des prisonniers dans des prisons reconnues, on les enferme dorénavant dans des centres de détention secrets, rendant encore plus difficile un contrôle d'organismes de droits de l'homme. « Le système légal s'est effondré. Il n'y a plus d'action politique, ni parlementaire, ni d'institutions civiles », constate amèrement M. Abou Shamala.
Dans ce contexte, il est difficile d'évaluer le soutien réel dont dispose le Hamas à Gaza, rendu responsable par une partie de la population de la dégradation de la situation. Les sondages témoignent d'une baisse de popularité du Hamas au profit du Fateh à Gaza, mais d'une hausse de sa popularité en Cisjordanie, là où il ne règne pas.
Joseph KRAUSS (AFP)

