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Culture - Théâtre

Une Pénélope moderne, au verbe cru et flamboyant…

Sous l'ombrelle de l'odyssée d'Ulysse surgit le mythe des femmes modernes, sœurs jumelles de Pénélope. Gâchis de guerre et attente de femmes... Simon Abkarian, dramaturge, metteur en scène et acteur, parle du présent en invoquant la voilette de l'histoire au théâtre Monnot...
Présentée au Monnot, Pénélope Ô Pénélope, la pièce écrite, mise en scène et interprétée par Simon Abkarian, l'émouvant Aram à la voix tonnante d'Une bête sur la lune de Richard Kalinoski (donnée en triomphe toujours dans ce théâtre), jette aujourd'hui la lumière sur la solitude des femmes et le désarroi des hommes happés par la guerre et l'éloignement.
Univers troubles et troublants que l'auteur a vécus à travers ses expériences du génocide arménien et de la guerre au Liban, où il a passé une partie de son enfance...
En empruntant aux mythologies anciennes un sujet d'une brûlante actualité, pour un théâtre habité de l'esprit des chœurs et des envolées lyriques d'Homère, Abkarian et sa brochette d'acteurs reconstituent avec originalité et un certain punch une réalité dure et amère. Une réalité entre onirisme et surréalisme. Une réalité où les frontières sont délibérément crépusculaires et floues, le geste pas forcément emphatique, mais le verbe haut et l'image flamboyante.
Sous la flaque de lumière, les vivants s'entretiennent avec les morts, les absents interpellent les présents, les souvenirs se confondent au quotidien, l'histoire et le passé se mêlent dans d'étranges ramifications, l'ombre et la lumière se calfeutrent au gré des humeurs et des visions.
Entre fantasmes et embardées d'espoir, entre colère et imprécations, entre passion et sécheresse du cœur, entre démission et rigoureux sens du devoir, entre effarante solitude et un monde peuplé d'êtres indésirables, ces vivants s'agitent et parlent du gâchis des combats sans noms, des départs sans retours, de la folie des hommes, du chaos de la vie qui défie raison, tradition et émotion...

Le dégoût des plaisirs solitaires
C'est sur une scène crue et violente d'un onanisme féminin que s'ouvre la pièce d'Abkarian. Le ton est donné, on ne taille pas ici, ni dans la dentelle, ni dans l'édulcoré, ni dans le pastel.
Dinah, modeste couturière, austère chignon au haut de l'occiput, mais lascivement entortillée dans sa jupe étroite, se fane entre quatre murs, dans l'attente de son mari Élias parti « combattre »... Affres de la solitude et dégoût des plaisirs solitaires quand surgissent les éblouissants moments d'autrefois...
Sans compter les assauts d'un cynique prétendant, Antée, véritable « collabo » pour qui seul le plat « frisson » a valeur de suprême volupté...Voilà une phrase (parfaite illustration de l'ensemble du texte) balancée par lui comme un coup de boutoir : « Où est-il ton Élias ? Pourquoi ne rentre-t-il pas, le héros des légendes perdues ? Si tu le croises chez les morts, dis-lui que demain je vais baiser sa femme. »
Mais cela n'arrive pas, car le mari prodigue rentre, retrouve son fils, sa femme et tout rentre dans l'ordre... Entre-temps, tous les personnages traversent une infinité de labyrinthes où entre obscurité et lueur, entre éclats ardents et braises mortes, entre sarments crépitants et brindilles tièdes, la vie garde plus d'une surprise, plus d'un revers, plus d'un (perfide !) cadeau...
Dans ce conte famélique et sombre, tout en tonalités drues et lumières souvent tamisées, dans un décor d'intérieur de personnes effacées et sur fond d'écran projetant un paysage de mer houleuse ou des instantanés de destruction de guerre, reste surtout la beauté d'un texte baroque et flamboyant.
 Un texte alliant le scintillement des étoiles au stupre du sexe, un texte « qui a des couilles », pour reprendre les termes d'un critique étranger. Un texte à la fois trivial et épique, conciliant une langue aux musicalités gutturales, une langue rauque, imagée, métaphorique à foisons.
Dans un lyrisme déclamatoire, les acteurs déploient les diaprures d'un texte à la poésie dense et tendue.
Jeu subtil et savamment dosé, avec des acteurs qui distillent avec talent un flot irrépressible de paroles incendiées et véhémentes. Notamment la composition de Georges Bigot, en inquiétante grand-mère au crâne rasé et John Arnold en un crapuleux salaud d'Antée imbu de sa crotte...
Malgré une certaine longueur (plus de deux heures de spectacle) et certaines tirades verbeuses, Pénélope Ô Pénélope, dans son ardente et révoltée défense pour la dignité humaine, dans toutes ses composantes, est, sans nul doute, un théâtre qui interpelle et secoue les consciences.
Présentée au Monnot, Pénélope Ô Pénélope, la pièce écrite, mise en scène et interprétée par Simon Abkarian, l'émouvant Aram à la voix tonnante d'Une bête sur la lune de Richard Kalinoski (donnée en triomphe toujours dans ce théâtre), jette aujourd'hui la lumière sur la solitude des femmes et le désarroi des hommes happés par la guerre et l'éloignement.Univers troubles et troublants que l'auteur a vécus à travers ses expériences du génocide arménien et de la guerre au Liban, où il a passé une partie de son enfance...En empruntant aux mythologies anciennes un sujet d'une brûlante actualité, pour un théâtre...
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