Depuis 1993, année de découverte par les autorités de cette nouvelle invention des « narcos », 46 de ces sous-marins artisanaux ont été saisis, dont 13 depuis le début de l'année 2009. « Nous disposions de renseignements sur la question, mais nous étions incrédules », explique à l'AFP le directeur de l'Agence antidrogue américaine (DEA) pour les pays andins Jay Bergman, basé à Bogota. Selon un rapport du Sénat américain, les gardes-côtes estimaient en 2008 qu'au moins 32 % de la cocaïne colombienne était ainsi acheminée aux États-Unis. « Cela fait environ deux ans qu'ils ont à nouveau eu recours à cette méthode pour acheminer la drogue car, en général, ils sont plus difficiles à détecter et ils peuvent transporter de grandes quantités de drogue », explique à l'AFP l'amiral Hernando Wills, des gardes-côtes de la marine colombienne. En l'espace d'une semaine, huit de ces sous-marins artisanaux ont été saisis dont sept par les États-Unis et un par la marine mexicaine, dans le nord-ouest de la Colombie et en haute mer, un « record mondial », selon la DEA.
Compte tenu de leur capacité de six à dix tonnes, la marine colombienne affirme que plus de 400 tonnes de cocaïne, pour une valeur de plus de dix milliards de dollars, auraient pu être ainsi transportées si elles n'avaient pas été saisies, une quantité considérable au regard de la production du pays (600 tonnes par an, soit 60 % de la production mondiale, selon les Nations unies).
Les sous-marins, élaborés en fibre de verre, coûtent entre 500 000 et un million de dollars, et acheminent la drogue depuis les côtes de l'ouest de la Colombie, donnant sur le Pacifique, jusqu'au Mexique, en Amérique centrale, voire aux États-Unis. Au fil des ans, ces sous-marins artisanaux construits en Colombie ont été améliorés et leur autonomie prolongée. « Ce sont des engins très basiques, mais avec une bonne hydrodynamique, et la charpente a été améliorée pour qu'ils se déplacent plus facilement », explique l'amiral. Les équipages comptent jusqu'à cinq personnes, des marins professionnels, qui doivent endurer des conditions de vie difficiles pendant les huit à dix jours de leur traversée, juste sous la surface de l'eau. Un système perfectionné permet enfin, selon les spécialistes, d'envoyer au fond les sous-marins et leur cargaison dans le cas où ils seraient détectés.
En cas d'arraisonnement en mer, pendant des années, les équipages ne risquaient pas de poursuites, profitant d'un vide législatif qui ne pénalisait pas les marins de ces submersibles, ajoute Jay Bergman. Mais depuis octobre 2008, ils risquent désormais jusqu'à dix ans de prison aux États-Unis. Et après ? Selon Jay Bergman, il est fort possible que la vogue des sous-marins puisse déjà relever du passé : les poursuites pénales sont au rendez-vous, et en cas de détection, ils ne peuvent pas prendre la fuite aussi rapidement que les hors-bords traditionnels, dont le modèle le plus cher coûte 250 000 dollars. Les narcotrafiquants pourraient donc à nouveau préférer ces embarcations qui transportent quelques centaines de kilos de cocaïne, quitte à ce que la moitié soit arraisonnée, dit-il.
Carlos OSORIO et Michaela CANCELA-KIEFFER (AFP)


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