Dans un contexte général libanais très difficile, où l'opinion libre est combattue par la violence physique, morale et intellectuelle, l'allocution du chef de la Délégation de la Commission européenne au Liban, Patrick Laurent, a mis l'accent sur le fait que « la liberté d'expression, la liberté d'opinion et, en particulier, la liberté de la presse ne peuvent souffrir aucune exception » et elles « constituent le pilier fondamental de tout État de droit ». « Défendre la liberté, refuser la violence, tout ceci peut sonner comme une évidence, et pourtant, aucune région du monde n'est épargnée ; ni l'Europe ni celle dans laquelle nous nous trouvons. Tant qu'il y aura des journalistes assassinés, persécutés, inquiétés ou simplement privés des moyens d'exercer leur profession, cela vaudra la peine de crier haut et fort que la liberté de la presse n'est pas une liberté négociable, a indiqué M. Laurent. Sans la liberté de presse, les autres libertés n'ont pas vraiment de sens », a-t-il poursuivi, rappelant que « les journalistes sont les témoins indispensables des événements et les vecteurs de la diversité des opinions ».
« De par cette position de témoins privilégiés, les journalistes sont souvent les premiers défenseurs de la liberté, des droits de l'homme et de la tolérance. La révolution de l'information les a rendus plus visibles encore. Mais de ce fait, ils sont aussi facilement exposés à la répression et à la violence de ceux qui veulent les faire taire. C'est donc à la loi et à la société tout entière de les protéger », a souligné Patrick Laurent, avant d'enchaîner sur la nécessité de concilier cette liberté de la presse avec une éthique et une responsabilité de la profession. Et de déplorer qu'« au Liban, on est obligé de constater, surtout en cette période électorale, que la presse est excessivement politisée ». « Le journaliste lui-même est humain, doté d'une certaine subjectivité. On ne peut attendre de lui une impartialité absolue. En revanche, il a des règles qu'il se doit de respecter. Des règles d'honnêteté et de rigueur intellectuelle, qui imposent par exemple de vérifier la véracité d'une information avant de la rendre publique », a-t-il noté, avant de rendre un vibrant hommage à Samir Kassir.
C'est un vivant qui continue inlassablement à narguer ses assassins que Gisèle Khoury a salué à son tour, résumant Samir Kassir en quelques formules lapidaires : la vie, le mouvement, la culture, l'art, la libre pensée. Samir est ainsi vivant pour mener à bout son engagement inébranlable pour que le printemps de Beyrouth contribue à l'éclosion des roses trémières à Damas et à la pousse des oliviers de Palestine. Il est vivant pour que s'accomplisse le rêve qui ramènera les Arabes dans l'histoire du progrès, de l'innovation et de la modernité. Il est vivant dans les rues de Beyrouth, où il se promenait tard dans la nuit, bien après que les fantômes des services de renseignements eurent enfin cessé d'en hanter les rues.
Il est enfin vivant pour cumuler les déclarations d'amour à la ville universelle, la seule à laquelle il se soit jamais identifié, Beyrouth, comme phare de connaissance, de culture, de politique et de démocratie, loin des envahisseurs de toutes sortes.
La présidente de la Fondation Samir Kassir a par ailleurs annoncé le programme du Festival culturel international dédié à la mémoire du journaliste, qui aura lieu entre le 17 et le 22 juin, et qui comportera représentations théâtrales, spectacles musicaux, concerts, conférences culturelles et tables rondes.
Les prix (un trophée et un montant de 12 500 euros) ont ensuite été remis aux deux lauréates sous les applaudissements du public, formé notamment des parents, des frères et des compagnons de route de Samir Kassir.


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