Sacrée Marguerite ! Interdite aux moins de dix-huit ans, bien qu'elle avoue adorer croquer dans un fruit pas mûr, Marguerite K, Khoury, Karam, Khlat, Kersauzon, Kessel, Kierkegaard, Kipling ou Kandinsky, qui sait ?, à qui l'on ne saurait demander l'âge, renferme dans sa hotte d'or très hot tous les caprices de sa vie de star, tous les remous de son existence. Dans le jeu du j'aime/j'aime pas, elle avoue adorer le luxe, qui lui va d'ailleurs si bien, les bulles pétillantes de sa veuve préférée, le sex dans la city, le beau, le cher, le touchant, le rare, le vulgaire. Elle réussit aussi bien à décrire ses caprices de star qui s'ennuie dans un embouteillage que sa tristesse de perdre un de ses amis d'enfance, le grand Alain Bashung.
Quand elle débarque dans les locaux d'un journal trop occupé à réagir poliment aux scandales politiciens, sapée des grands noms de la mode, les incontournables Louboutin aux pieds, la moue coquine, la voix brisée par une nuit blanche de plus, mais jamais de trop, elle rompt le rythme d'un quotidien qui se traîne parfois. Loin de faire l'unanimité, certains de ses propos ne sont visiblement pas appréciés par la vieille garde, elle s'en amuse et en rajoute, flattée par les messages enflammés de lecteurs qui rêvent d'être Ken, une heure, une heure seulement. Athée, forcément, elle n'a qu'un seul Dieu, sa liberté. Et tous les hommes de sa vie. Et ils sont nombreux...
Dans son sac Coco croco, un bric-à-brac qui ressemble à sa vie, un pinceau et du blush Guerlain pour retoucher les cernes qui se creusent, les clefs de sa maison et de sa garçonnière, un carnet de téléphone de 200 pages où elle se plaît à biffer les noms qui ne l'intéressent plus et souligner au fluo carmin celui de ses ruptures (la reine Margot, comme elle aime à s'autoproclamer, déteste les téléphones portables), une plaquette de Xanax et un fume-cigarette qui, lorsqu'elle le brandit, lui donne des airs d'une Alice Sapritch totalement folle de Chaillot.
Mystères
Personnage fantasmé, aérien, elle prétend, comme si elle interprétait son propre rôle, fidèle à sa légende et entre deux soupirs : « Je suis née quelque part dans les Carpates, j'ai oublié quand ! J'ai grandi entre la France et le Liban. Je suis libanaise de mère et de cœur », souligne-t-elle. Autodidacte, elle avoue avoir tout appris seule, la vie, la beauté, la culture. « Dans les livres, les films, les musées, les bars, les restaurants. » Son aventure avec L'Orient-Le Jour a démarré par hasard, « le hasard d'une rencontre. Et puis, j'ai tellement de tendresse pour ce journal et celles et ceux qui le font... » La politique, avoue-t-elle, ne l'intéresse absolument pas. Seul Barak Obama la touche, « pour des raisons purement esthétiques». Noctambule invétérée qui hante les lieux décadents ou mondains de toutes les grandes capitales du monde, ceux qui la connaissent ou la reconnaissent peuvent la croiser « là où la Veuve Cliquot coule à flot et où les (très) jeunes minets sont féroces. J'aime Berlin, New York, Marseille et Tokyo », poursuit-elle en tirant sur son fume-cigarette en ivoire. Marguerite K, qu'on n'ose pas appeler Marguerite, poursuit, à sa manière théâtrale: « J'écris ce que je sens, comme ça vient et très vite. Dans mon lit, de préférence, au réveil, vers 15 heures. » Les courriers, enflammés ou carrément scandalisés, qu'elle reçoit les mercredis matin, la font sourire. La dérision et l'emphase la grisent. Son rêve de bonheur, tous les matins, « chanter du Marlène Dietrich a cappella à des rugbymen juniors », ou carrément, être cette Marlène dans les bras d'un Michalak consentant.
Vrai ou intox ? Nul ne saura le vrai visage de Marguerite K. « Ce que je montre devrait suffire », dit-elle, très « margueritienne ». Et de conclure, philosophe : « Ma devise dans la vie tient en deux mots : miam miam... »

