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Moyen Orient et Monde

Les terroristes d’à côté

Par Mai YAMANI
Par Mai YAMANI

Un célèbre hadith enseigne : « Si le chaos menace, trouve refuge au Yémen. » Le prophète Mohammad faisait allusion à un Yémen prospère et civilisé. Mais le chaos et la radicalisation qui y règnent aujourd'hui infectent l'Arabie saoudite. La sécurité du plus grand producteur de pétrole au monde est donc en péril.
Ce hadith sur le Yémen a pris une toute autre résonance depuis les années 1980, lorsque l'Arabie saoudite - alignée sur la politique des États-Unis - s'est efforcée d'envoyer en Afghanistan ses dissidents, notamment Oussama Ben Laden, Yéménite de naissance saoudienne, pour combattre les infidèles soviétiques. L'opposition était surtout dirigée en Afghanistan, mais la plupart des personnes de confiance de Ben Laden (dont sa femme) sont restés au Yémen.
Suite à l'expulsion des talibans en Afghanistan, Ben Laden et ses disciples ont fini par voir le Yémen, à l'instar du Pakistan, comme un paradis. En effet, le Yémen est désormais un vivier pullulant de jihadistes venus en masse, car ses institutions gouvernementales sont faibles. À l'instar des institutions afghanes ou pakistanaises, il est aisé de les manipuler.
La récente décision du président des États-Unis Barack Obama de fermer le centre de détention de Guantanamo Bay a fait du point faible du Yémen une importante question de politique internationale. Un tiers des détenus de Guantanamo sont yéménites. Or, le Yémen ne peut garantir aux États-Unis qu'ils seront tous surveillés efficacement s'ils sont rapatriés chez eux. La crainte est réelle. Bon nombre d'anciens détenus sont entrés dans la clandestinité à leur sortie de Guantanamo.
Contrairement au Yémen, l'Arabie saoudite est censée avoir créé un système « modèle » de réintégration et de rééducation pour ceux qui reviennent de Guantanamo. Le centre de réhabilitation al-Munasaha a pour vocation de « guérir » les passionnés du jihad. Après y avoir séjourné, les Saoudiens revenus de Guantanamo se voient proposer femmes et emplois.
Mais la plupart d'entre eux rechutent et s'enfuient au Yémen. Un célèbre récidiviste n'est autre qu'Abou Sufyan al-Shihri, désormais « dirigeant adjoint d'el-Qaëda dans la péninsule Arabique ». Sept autres jihadistes réfugiés au Yémen aussi sont connus pour être à nouveau impliqués dans el-Qaëda.
Les deux plus grands pays de la péninsule Arabique - l'Arabie saoudite pour sa superficie et sa richesse pétrolière, et le Yémen pour sa population - sont désormais aux prises d'un combat mortel interne avec leurs propres ennemis. Le paradoxe est tel que, en dépit d'une menace commune aux deux pays, la politique suivie par l'un fait empirer les perspectives de l'autre.
Dans les années 1980 par exemple, des millions de Yéménites travaillaient dans le royaume. Le budget du Yémen reposait en grande partie sur leurs revenus. Mais suite à la première guerre du Golfe en 1991, 800 000 Yéménites ont été expulsés, car ils étaient vus comme une menace à la sécurité intérieure. Depuis, la main-d'œuvre yéménite est proscrite en Arabie saoudite.
Amers et sans emplois, les jeunes hommes du Yémen sont souvent soumis à une autre mesure saoudienne qui a mal tourné : la propagation de la forme wahhabite de l'islam sunnite. Au vu des nouvelles madrassas (ou écoles coraniques) wahhabites érigées un peu partout au Yémen grâce à des fonds saoudiens, pas étonnant que le nombre de jihadistes yéménites se soit accru de manière exponentielle.
Mais le Yémen aussi a recours à des mesures destructrices qui lui sont propres. Le président Ali Abdallah Saleh fait souvent appel aux wahhabites yéménites pour faire échouer l'opposition, tout d'abord les communistes, puis les zaidis et enfin les huthis.
La relation Arabie saoudite-Yémen n'est semblable à aucune autre dans le monde arabe. Ils sont liés sur le plan historique, ethnique et tribal. Pourtant, aucun des deux n'a les moyens de résoudre le ressentiment et la résistance de la population.
Les traditionnels outils du « pouvoir doux » utilisés par l'Arabie en affaires étrangères - amples dépenses de l'argent pétrolier et da'wa (ou appel à l'islam) - ne sont plus efficaces. Construire des barricades et envoyer des hélicoptères de policiers aux frontières n'est plus suffisant non plus. En outre, l'idée d'un possible repentir de la part des jihadistes est un mythe. Aucun médicament ne fonctionnera si le patient, une fois relâché, est confronté au même virus : le wahhabisme institutionnalisé.
Les Saoudiens peuvent néanmoins se vacciner, eux-mêmes et les Yéménites, contre le fanatisme. Il faut accélérer la libéralisation que le roi Abdallah a tenté de mettre en place au cours des deux dernières années. Les mesures doivent être plus audacieuses et plus efficaces, supprimant l'incubateur du radicalisme qu'est l'idéologie wahhabite.
Ce devrait être possible car la tradition propre à l'Arabie saoudite et au Yémen est un islam modéré. Il faut le mobiliser contre le jihadisme. S'il recevait le soutien financier que les wahhabites reçoivent, sa force pourrait inverser la dérive actuelle vers le fanatisme. Le roi Abdallah et le président Saleh comprennent très bien le problème. Pour changer, ils ont juste besoin de mettre fin aux vieilles tactiques et de s'emparer d'une nouvelle stratégie.
Le premier changement est de nature économique. Au lieu d'exporter le radicalisme, l'Arabie saoudite doit commencer par importer de la main-d'œuvre du Yémen en levant son interdiction sur les travailleurs yéménites.
Les responsables yéménites ont aussi demandé à être admis au Conseil de coopération du Golfe. Les dirigeants du CCG ont jusqu'alors dédaigné l'adhésion du Yémen, pour la même raison que l'Union européenne repousse la Turquie : la crainte que le Yémen devienne immédiatement le pays le plus peuplé du bloc.
En effet, la population du Yémen dépasse celle des six membres du CCG confondus (le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, Oman et l'Arabie saoudite). Or, pour éviter que la population du Yémen ne se radicalise trop, il va falloir l'intégrer dans une zone économique pleine d'avenir et d'espoir. Le CCG peut et doit assumer ce rôle.
Le Yémen est un pays important d'un point de vue stratégique. Pas seulement pour l'Arabie saoudite, mais pour le monde entier, car c'est le seul pays de la péninsule Arabique par lequel le pétrole peut atteindre le large sans passer par un détroit (détroit d'Ormuz ou canal de Suez). Mettre ce passage en danger revient à bloquer la voie de communication de l'économie énergétique mondiale.
Les enjeux de l'avenir du Yémen ne seront donc pas plus grands.

© Project Syndicate, 2009.
Traduit de l'anglais par Aude Fondard.
Par Mai YAMANIUn célèbre hadith enseigne : « Si le chaos menace, trouve refuge au Yémen. » Le prophète Mohammad faisait allusion à un Yémen prospère et civilisé. Mais le chaos et la radicalisation qui y règnent aujourd'hui infectent l'Arabie saoudite. La sécurité du plus grand producteur de pétrole au monde est donc en péril.Ce hadith sur le Yémen a pris une toute autre résonance depuis les années 1980, lorsque l'Arabie saoudite - alignée sur la politique des États-Unis - s'est efforcée d'envoyer en Afghanistan ses dissidents, notamment Oussama Ben Laden, Yéménite de naissance saoudienne, pour combattre les infidèles soviétiques. L'opposition...
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