Malheureusement, le seul moyen qui s'offre aux opposants de scratcher le scrutin serait de provoquer des troubles graves. Des attentats, des assassinats, des clashes de rue. Et non d'appeler au boycott des urnes, comme les souverainistes l'avaient fait en 1992. Car il n'est politiquement pas question pour les contestataires d'aujourd'hui de reconnaître leur responsabilité dans le dérapage institutionnel. Ils prennent même, au contraire, soin d'en accuser d'avance les loyalistes. Dont les propres soupçons se trouvent renforcés par ces reproches anticipés.
Ils y ajoutent nombre d'autres indices. Comme le coup fourré des Syriens au sujet des meurtriers de militaires dans la Békaa. Ces éléments d'une tribu, interceptés d'abord en Syrie, ont pu s'en échapper, par on ne sait quel prodige, pour gagner la Turquie. L'un d'eux, Hassan Jaafar, y a été interpellé pour avoir été trouvé porteur de faux papiers syriens. Tandis que Damas assurait avoir multiplié les patrouilles de gardes-frontières pour interdire l'accès de son territoire à des criminels libanais en fuite. Toujours au sujet de cette grave affaire, les loyalistes notent que l'armée a poursuivi son ratissage dans la Békaa, pour capturer les coupables sans recevoir aucune aide des forces dites du fait accompli, entendre principalement le Hezbollah. Selon des sources fiables, l'on aurait même vu des militants de ce parti monter des villageois contre l'armée, pour l'empêcher de continuer ses recherches. Il n'est pas étonnant, dès lors, que ni le Hezbollah ni Amal ou le CPL ne se soient adressés à la Syrie pour lui demander de livrer les coupables. Alors que tout porte à croire, selon des sources informées, qu'elle en détient, ou abrite, bon nombre. En foulant aux pieds ces accords de sécurité bilatéraux qu'elle ne respecte que lorsqu'ils l'avantagent. Les formations locales proches de Damas se sont contentées de qualifier les attaques meurtrières aux missiles contre l'armée et l'autorité publique de simple vendetta tribale, pour ne pas dire de péché véniel.
Les loyalistes vont, en fait, jusqu'à soupçonner certaines composantes du camp d'en face d'être elles-mêmes intervenues auprès de la Syrie, leur amie, pour qu'elle prenne chez elle les fugitifs et leur délivre de faux papiers. Des médias ont fait état de cette conjecture, sans que les parties partisanes pointées du doigt ne publient de démenti ou n'apportent des éclaircissements.
Pour les majoritaires, l'affaire est claire. De même que l'on s'en est pris à la justice, pour saper un à un les rouages d'un État indépendant, l'on a échafaudé un plan, utilisant des hors-la-loi, pour frapper de nouveau l'armée, ossature de ce même État. Ils estiment, dès lors, que les Syriens ne sont pas vraiment sincères quand ils jurent leurs grands dieux qu'ils veulent aider le Liban, soutenir son président et en renforcer l'État. Donc, en bonne logique, faciliter ces élections qu'une réédition de l'épisode de la Békaa, ou toute autre machination, ferait annuler.

