Les premiers sondages d'opinion d'Ipsos et IPR, réalisés après l'explosion de la bombe réservée ce week-end par Veronica Lario à son époux - après 19 ans de mariage -, donnaient à croire que l'affaire aurait peu d'impact sur les intentions de vote de l'électorat de droite aux européennes du 7 juin. Mais une étude d'opinion plus récente, réalisée via Internet par le quotidien d'affaires Il Sole 24, dénote plus de sympathie pour Veronica que pour Silvio. De plus, 49 % des sondés, contre 44 %, estiment que l'affaire aura des conséquences politiques.
M. Berlusconi, qui a dû démentir catégoriquement mardi soir à la télévision avoir eu une liaison avec une mineure de 17 ans, comme l'en accuse sa femme, s'est montré, comme à son habitude, bravache. « Est-ce que je vais perdre des soutiens parmi les catholiques ? Je ne le crois pas », a-t-il affirmé. Mais, au sein de l'establishment conservateur, les frasques de M. Berlusconi et le déballage conjugal sous les caméras commencent à faire mauvais genre. La désapprobation de l'Église, dont l'influence reste prépondérante dans la péninsule, est palpable.
Pour Massimo Franco, éditorialiste au Corriere della sera, le simple fait que Silvio Berlusconi évoque publiquement le soutien de l'électorat catholique « trahit la sombre peur d'être atteint politiquement ». Maurizio Pessato, directeur de l'institut de sondage SWG, juge quant à lui que le scandale n'aura probablement pas d'impact sérieux sur les élections européennes, M. Berlusconi devançant de 20 points l'opposition à un mois du scrutin. Mais à plus long terme, il juge réel le risque de dégradation de l'image de celui qui se vantait, vendredi dernier encore, d'être « l'homme politique le plus populaire du monde », sur la foi de sondages privés lui accordant une cote d'amour de 75 % contre 59 % au président américain, Barack Obama. La popularité de M. Berlusconi avait résisté jusqu'à présent à la pire récession qu'ait connue la péninsule depuis la Seconde Guerre mondiale, et aux divers gaffes et faux pas politiques commis par « Il Cavaliere », notamment au sujet du séduisant « bronzage » de M. Obama. « Mais tout ceci sape son image positive. Cette histoire de jeune fille est bizarre, et il est difficile d'écarter comme un simple malentendu ce que sa femme raconte », a déclaré M. Pessato.
Ce n'est pas la première fois que l'épouse de M. Berlusconi, dont il était séparé de facto depuis un moment, se plaint de sa frivolité. Elle l'avait apostrophé publiquement en 2007 pour son flirt avec une ancienne mannequin, entrée depuis au gouvernement. Cette fois-là, il s'était excusé. Cette fois-ci, c'est lui qui lui demande de s'excuser pour avoir insinué qu'il avait eu des relations avec la Napolitaine Noemi Letizia, auprès de laquelle il s'est fait photographier le mois dernier à l'occasion de son 18e anniversaire. « Je ne peux pas rester avec un homme qui sort avec des mineures », a confié Veronica à La Repubblica. « C'est un mensonge ! Le chef du gouvernement serait-il assez cinglé pour se mettre dans une situation pareille ? » s'est insurgé son septuagénaire de mari, en parlant de lui à la 3e personne.
Le centre-gauche, qui avait chassé du pouvoir M. Berlusconi en 2006 en promettant un gouvernement « plus sérieux », avant que celui-ci ne lui rende la pareille 20 mois plus tard, croit déceler dans cette affaire le talon d'Achille du magnat des médias. « Les problèmes entre mari et femme relèvent du privé. Mais si la femme accuse le mari de fréquenter une mineure, cela devient une affaire publique », a estimé un des ténors du centre-gauche, Dario Franceschini. Avant de demander publiquement le divorce, Veronica avait reproché à son mari d'avoir proposé que de jeunes « starlettes » figurent sur ses listes européennes. Il s'est défendu en arguant qu'elles étaient qualifiées et que leur physique avantageux ne devait pas jouer contre elles.
Dans un pays où la « drague » masculine est mieux considérée qu'ailleurs en Europe, M. Berlusconi avait enfoncé le clou en déclarant la semaine dernière encore devant des patrons de commerce : « Si vous voulez des vendeuses mignonnes, vous savez à qui vous adresser... » « J'en suis arrivé à la conclusion que Berlusconi méprise les femmes », a dit la sénatrice de centre-gauche Emma Bonino. Mais même dans l'entourage de son allié politique Gianfranco Fini, on juge que le machisme de M. Berlusconi n'est pas pure « invention de la presse de gauche », comme il le prétend. L'establishment catholique, également, lui demande moins de frivolité et plus de sobriété. Dans un éditorial en une, le quotidien Avvenire, porte-voix de l'Église, pourfend l'idée que, en politique, les femmes doivent être nécessairement « jolies, jeunes et, si possible, disponibles ». Le cardinal Walter Kasper, un proche du pape Benoît XVI, a été parmi les plus incisifs envers M. Berlusconi en qualifiant son comportement de « bizarre et dérangé ».
Stephen Brown (Reuters)

