Tour à tour reçu à Rome, Paris, Prague et Berlin, le nouveau chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman n'a pas bénéficié du traitement habituellement réservé aux visites officielles : entretiens discrets, parfois loin des photographes, conférences de presse non programmées ou annulées à la dernière minute. Seule l'Italie, dont le Premier ministre Silvio Berlusconi a reçu en personne le ministre ultranationaliste, a fait exception en plaidant haut et fort pour un renforcement des relations entre l'UE et l'État hébreu. Les autres dirigeants européens ont insisté, quant à eux, sur la nécessité d'attendre la présentation prévue mi-mai du nouveau projet diplomatique du gouvernement de Benjamin Netanyahu - qui a jusqu'ici écarté la création d'un État palestinien - avant de prendre une quelconque décision. Car même si M. Lieberman et son adjoint Daniel Ayelon ont choisi l'Europe et non les États-Unis pour son premier déplacement officiel, c'est au président américain Barack Obama, véritable levier dans le processus de paix israélo-palestinien, que le Premier ministre israélien présentera cette nouvelle politique israélienne. D'ici là, l'Europe attend. « Rien ne va se passer maintenant », a reconnu mercredi soir le diplomate en chef de l'UE Javier Solana après un entretien en toute discrétion avec M. Lieberman dans un hôtel de Prague. Les Israéliens « savent très bien quelle est notre politique, qui est "encapsulée" dans la solution à deux États », a-t-il répété. À eux de « présenter quelque chose qui soit compatible » avec cette politique européenne, a encore insisté M. Solana, même s'il a nié toute « conditionnalité » entre l'exigence de deux États vivant en paix côte à côte et l'approfondissement des relations entre l'UE et Israël.
Les Européens ont décidé fin 2008 de renforcer leurs relations avec l'État hébreu, au grand dam de l'Autorité palestinienne. Mais l'approfondissement concret a été de facto gelé après l'offensive israélienne contre Gaza, qui a fait plus de 1 300 morts côté palestinien, selon un bilan palestinien. Et les quatre jours de M. Lieberman en Europe, son premier voyage à l'étranger, n'ont fait que confirmer le malaise ressenti par les Européens face à son gouvernement. « Il y a un désaccord, mais c'est un premier contact (...) On espère qu'il va tenir compte de ces messages, les Américains vont dire la même chose. Tout cela devrait finir par donner des résultats », a résumé un diplomate européen.
Dans ce contexte, la présidence du Conseil israélien a annoncé hier que M. Lieberman doit être chargé dimanche du « dialogue stratégique » avec les États-Unis, en vertu des accords de coalition passés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le parti Israël Beiteinou. Depuis 1999, les États-Unis ont instauré un « dialogue stratégique » avec Israël, portant notamment sur l'aide militaire américaine à l'État hébreu s'élevant à 3 milliards de dollars par an.