L'AFDC collabore avec le ministère de l'Environnement depuis 2007 dans une campagne nationale pour la lutte contre les incendies, dans le cadre de laquelle plusieurs projets de formation de personnel et de fourniture d'équipements ont été entrepris.
La stratégie repose sur cinq axes essentiels : le développement de la recherche (pour mieux comprendre les données écologiques entourant les incendies), la modification du risque (par sa réduction bien sûr), la prévention (en donnant aux acteurs du secteur public et de la société civile la possibilité de jouer un rôle efficace), la lutte proprement dite (se doter des moyens d'éteindre un feu de forêt pas plus de vingt minutes après son déclenchement) et la réhabilitation des sites incendiés (encourager les pratiques de reboisement par le développement des capacités, de la communication et de la mise en place de projets pilotes dans les sites à risque).
Deux idées phares ont été exprimées par les différents intervenants : la première, c'est qu'une lutte efficace contre les incendies doit impliquer tout le monde, population incluse, et la seconde, c'est que le but ultime d'une telle manœuvre est d'apprendre à gérer les incendies sans tomber dans l'illusion de vouloir en réduire la récurrence à zéro. En d'autres termes, c'est surtout les comportements humains qu'il faut apprendre à modifier, de façon à minimiser les risques d'incendies ravageurs et incontrôlables, et, surtout, de réduire leur fréquence. Le but de la stratégie, telle que présentée hier, est de mettre en place des régimes de lutte contre les incendies qui soient « durables socialement, économiquement et écologiquement ».
Les concepteurs de la stratégie ont prévu un nombre de suggestions de projets à réaliser dans le cadre de chaque point de ce plan, des projets « qui pourraient être modifiés au fil des débats avec les partenaires », a affirmé Sawsan Bou Fakhreddine au cours de la séance de dialogue d'hier. À titre d'exemple, des projets pilotes pourraient être prévus dans certaines localités à haut risque sur les pratiques de réduction de la vulnérabilité des sites. La mise en capacité du secteur public et des communautés locales pourrait aussi être envisagée sous le titre de la prévention. Pour accélérer le processus d'extinction des feux de forêt, l'introduction de méthodes et de techniques permettant la limitation de la propagation des flammes, doublées de la distribution d'équipements de pointe et de formation du personnel, a aussi été avancée.
Au cours de cette conférence, un bilan des projets déjà réalisés ou en cours (dans la campagne lancée depuis 2007) a été effectué par l'AFDC. Ces projets ont été lancés avec des partenaires, notamment des organisations et des agences mondiales. Ils consistent essentiellement en l'achat d'équipements, formation de personnel et campagnes de reboisement. Quant à cette nouvelle stratégie, elle devrait être soumise au Conseil des ministres pour y être adoptée et suivre son cours au Parlement afin de devenir une loi. Aucune information précise sur la date de la présentation de ce texte en Conseil des ministres n'a filtré hier, mais, selon une source bien informée, des objections soulevées à la base par le ministre Élias Skaff auraient été dissipées, et le texte pourrait être examiné incessamment.
Les hélicoptères bientôt ?
Au cours de la séance inaugurale, le Premier ministre a affirmé que cette question de préservation de la couverture végétale au Liban était une priorité pour l'État. Il a annoncé que la collecte de fonds pour l'achat d'hélicoptères, menée par le ministère de l'Intérieur et le secteur privé dans le cadre de la campagne « Akhdar dayem », sera bientôt arrivée à son terme et que l'acquisition des appareils serait imminente.
Le ministre de l'Environnement, Antoine Karam, a rappelé le déclin des espaces verts au Liban qui ne constituent plus que 13% de son territoire au plus. Il a souligné que son ministère avait organisé des campagnes de reboisement par hélicoptère dans plusieurs régions sinistrées.
Élias Skaff, ministre de l'Agriculture, a énuméré les projets en cours dans son ministère pour améliorer la protection des forêts, comme, à titre d'exemple, la construction de tours de contrôle dans les zones sensibles et l'institution d'un régime de 24 heures de supervision pour les gardes forestiers, à condition de leur offrir des motivations, l'achat de nouvelles voitures...
Mme Bou Fakhreddine a évoqué des statistiques qui démontrent bien la gravité de la situation : une superficie de forêts estimée à 106 178 hectares dont 80 % serait menacée, une moyenne de 1 500 hectares d'espaces verts détruits chaque année (4 000 en 2007), un nombre d'incendies qui a atteint les 70 600 ces sept dernières années et une perte globale de 17 000 hectares durant cette période (seuls 2 400 hectares ont été reboisés). Elle a précisé que la campagne nationale a permis de combler des lacunes, comme l'absence de bases de données fiables, le manque d'éveil des populations locales, etc. Elle a martelé que « cette stratégie ne pourra pas être adoptée s'il n'y a pas une volonté politique et ne pourra pas être mise en place s'il n'y a pas une implantation de programmes de la part de la société civile ».

