Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Reportage

Au Darfour, les rebelles tchadiens fourbissent leurs armes

Depuis des mois, Khartoum et N'Djamena s'accusent mutuellement de soutenir les rébellions du voisin.

Dans le Darfour soudanais, à l'ombre de manguiers bordant un oued asséché, le nouveau chef de la rébellion tchadienne Timan Erdimi prépare ses hommes à une offensive militaire visant à renverser le pouvoir au Tchad voisin. « On se prépare. Quand les préparatifs seront finis, nous allons déclencher la guerre », dit-il à l'AFP, assis en tailleur à l'ombre des arbres fruitiers, coiffé d'un turban, un bouc blanc lui donnant des airs de sage chinois.
Les huit plus grosses factions rebelles tchadiennes se sont réunies en janvier pour former l'Union des forces de la résistance (UFR) dont Timan Erdimi, la cinquantaine bien entamée, a été désigné président. Des groupes rebelles avaient mené en février 2008 une offensive sur N'Djamena, la capitale tchadienne, et avaient été près de renverser le régime du président Idriss Deby Itno. Mais des divergences étaient apparues au sein de la rébellion qui avait finalement été repoussée avec le soutien de la France. « Il n'y a jamais eu une unité d'esprit et de cœur comme aujourd'hui » au sein de la rébellion, assure Timan Erdimi, balayant d'un revers de main des rumeurs selon lesquelles son mouvement est déjà divisé après une courte lune de miel. « Sur le plan politique et militaire, les choses sont au point. Tout ce qui reste ce sont les préparatifs techniques », affirme-t-il, vêtu d'un treillis militaire et entouré d'une centaine d'hommes, mitraillettes en bandoulière, assis dans leurs 4X4 dont certains sont chargés de sacs de roquettes.
La rébellion tchadienne a fait du Darfour, vaste région de l'ouest du Soudan en proie à un conflit complexe, sa base arrière. « Pratiquement 95 % » des rebelles tchadiens sont au Soudan, explique le général Balla Keita, à la tête de la mission de paix ONU-Union africaine (Minuad) pour le Darfour-Ouest. Au Darfour, ils attendent le moment jugé opportun pour lancer une nouvelle offensive sur la capitale du Tchad, située à plus de 1 000 kilomètres. Les combattants « étaient très mécontents d'avoir quitté N'Djamena l'an dernier dans des conditions périlleuses, parce qu'ils avaient gagné la guerre, mais les politiciens (au sein de la rébellion) n'avaient pas trouvé une entente. Maintenant que les politiciens ont trouvé cette entente, ils sont très pressés », assure Erdimi.
La saison des pluies rend impossible toute opération militaire entre la mi-mai et la fin septembre, les oueds asséchés se transformant en rivières au lit sablonneux freinant l'avancée des véhicules. Les rebelles sont attendus de pied ferme de l'autre côté de la frontière par l'armée nationale tchadienne (ANT). « L'armée tchadienne s'est renforcée depuis un an », souligne un observateur occidental sous le couvert de l'anonymat. Mais la rébellion a « plus (d'hommes) que Deby et ils sont bien plus motivés que ceux de Deby », assure Timan Erdimi, dont la priorité, s'il renverse le pouvoir tchadien, « n'est pas la démocratie », mais « la mise en place des institutions de l'État ».
Depuis des mois, Khartoum et N'Djamena s'accusent mutuellement de soutenir les rébellions du voisin. Mais, si les rebelles tchadiens circulent librement dans le Darfour soudanais, ils affirment ne pas avoir « du tout » besoin du feu vert de Khartoum pour attaquer N'Djamena. Et la rébellion tchadienne affirme ne pas combattre les rebelles du Darfour aux côtés de l'armée soudanaise. « Nous ne sommes pas des supplétifs de l'armée soudanaise », assure Timan Erdimi, avant d'emprunter avec ses hommes la route de terre vers le sud d'El-Geneina, sorte de ville « Far West » du Darfour, où se croisent Casques bleus, armée soudanaise, milices locales et rebelles tchadiens.

 

Guillaume LAVALLÉE (AFP)

Dans le Darfour soudanais, à l'ombre de manguiers bordant un oued asséché, le nouveau chef de la rébellion tchadienne Timan Erdimi prépare ses hommes à une offensive militaire visant à renverser le pouvoir au Tchad voisin. « On se prépare. Quand les préparatifs seront finis, nous allons déclencher la guerre », dit-il à l'AFP, assis en tailleur à l'ombre des arbres fruitiers, coiffé d'un turban, un bouc blanc lui donnant des airs de sage chinois.Les huit plus grosses factions rebelles tchadiennes se sont réunies en janvier pour former l'Union des forces de la résistance (UFR) dont Timan Erdimi, la cinquantaine bien entamée, a été désigné président. Des groupes rebelles...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut