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Liban - Élections 2009 : Les Circonscriptions À La Loupe

Au Metn, une inconnue : le degré de mobilisation de l’électorat arménien

À l'exact opposé de son voisin, le Kesrouan, où toutes les énergies sont actuellement déployées pour tenter de créer les conditions d'une bataille politique loin de l'influence des services et de la tradition, le Metn a de tout temps été le terrain par excellence de la confrontation poussée à son paroxysme entre les grandes figures locales de la politique.
Certes, la plupart des « seigneurs » locaux ne sont pas - ou plus - engagés dans la bataille cette fois. Du côté du 14 Mars, le président du Renouveau démocratique Nassib Lahoud a en effet dû jeter l'éponge pour une multitude de facteurs, non sans faire preuve de cette noblesse et de cette grandeur d'âme qui le caractérisent si bien. L'ancien président de la République Amine Gemayel, resté sur sa défaite de la partielle de 2007 contre le candidat CPL Camille Khoury (à la suite de l'assassinat de Pierre Gemayel), a préféré laisser le terrain libre à son fils Samy, en se dédiant une bonne fois pour toutes à son rang de guide politique des Kataëb sur l'ensemble du territoire. Il reste donc une seule véritable figure de proue sur le terrain parmi les candidats : celle de Michel Murr, imperturbable, insensible aux changements de régime et au temps qui passe.
 
Les enjeux
Privée de la plupart de ses « patriarches », la bataille du Metn 2009 échappera aux schèmes classiques et aux slogans réducteurs que l'on tente de lui imposer de part et d'autre. Ni la puissance recouvrée des partis chrétiens, ni l'influence des chefs politiques qui les commandent sur la scène politique, ni le poids des familles n'en seront absents ; encore moins l'aspect stratégique de la bataille, puisque l'un des enjeux principaux sera pour la coalition Murr-14 Mars de briser, dans une région qui constitue le « centre » politique chrétien au Mont-Liban, l'alliance politico-nationale entre Michel Aoun et le Hezbollah. Sans oublier la ligne de clivage stratégique relative à la relation avec la Syrie, qui s'est creusée depuis le déplacement du général Aoun à Damas fin 2008, et qui se manifeste dans la bataille du Metn par la nouvelle alliance du CPL avec des symboles toujours ouvertement partisans de l'option prosyrienne, comme le Parti syrien national social (PSNS, représenté par l'ancien député Ghassan Achkar).
La bataille sera aussi l'occasion, à moindre échelle, d'occasionner, comme dans toutes les régions chrétiennes, un repositionnement de l'électorat, « un retour à la normale », après la vague d'enthousiasme délirant et de folie suscitée par le « tsunami » orange des législatives de 2005. Le « phénomène » aouniste avait balayé, rappelons-le, les représentants chrétiens du 14 Mars, imposant des figures peu connues du grand public jusque-là, comme Ibrahim Kanaan, Nabil Nicolas ou Sélim Salhab. Le seul rescapé dans les rangs du 14 Mars avait été Pierre Gemayel, assassiné un an plus tard à Jdeideh, et remplacé, lui aussi, par un militant aouniste jusqu'alors inconnu, Camille Khoury. Deux principales figures avaient également assuré leur ticket pour le Parlement à bord du bus orange : Michel Murr et Ghassan Moukheiber, qui en avait d'ailleurs profité pour se refaire une santé après son élection rachitique (par 1 700 voix seulement) et contestée de 2002 (à la suite de la partielle du Metn qui avait suivi le décès d'Albert Moukheiber), octroyée par le même Conseil constitutionnel qui avait invalidé la députation de Gabriel Murr.
La bataille de 2009 oppose donc le CPL aux Kataëb et aux FL dans le cadre d'une vaste lutte dont l'enjeu n'est autre que la représentation politique chrétienne à l'échelle de toute la communauté. Elle constitue aussi un face-à-face entre Michel Murr, qui se pose en pôle incontournable au Metn et comme garde prétorienne de la légalité, c'est-à-dire du président de la République Michel Sleiman, et Michel Aoun, qui considère qu'il est la principale autorité sur le terrain dans cette région (comme d'ailleurs dans l'ensemble des régions chrétiennes), et dont la croisade contre les « centristes » et ce qu'ils représentent sur le plan politique n'est un secret pour personne.

Les candidats
Deux listes principales croiseront donc le fer le 7 juin pour pourvoir aux huit sièges du Metn : celle qui pivote autour de Michel Murr et des Kataëb, et celle qui émane du général Michel Aoun.
La première liste, qui doit être annoncée sous peu, comprendra - à moins d'un changement spectaculaire de dernière minute - Michel Murr et Élias Moukheiber pour les deux sièges grecs-orthodoxes, Samy Gemayel (Kataëb), Eddie Abillamaa (Forces libanaises), Sarkis Sarkis et Pierre Achkar pour les quatre sièges maronites, et Élie Karamé (ancien chef du parti Kataëb) pour le siège grec-catholique.
La seconde liste, celle du général Aoun, vient d'être rendue publique : elle compte Ghassan Moukheiber et le chanteur Ghassan Rahbani pour les sièges grecs-orthodoxes, Ibrahim Kanaan (CPL), Nabil Nicolas (CPL), Sélim Salhab et Ghassan Achkar (PSNS) pour les sièges maronites, et Edgard Maalouf (CPL) pour le siège grec-catholique.
Il convient de noter que le huitième siège, arménien-orthodoxe, a été laissé vacant par la première liste, ce qui a permis l'élection d'office du député du parti Tachnag, Hagop Pakradounian, allié du CPL.
Quelques candidats indépendants maintiennent leur candidature, avec la volonté de mener la bataille dans les limites du possible (Émile Kanaan ou Fouad Abou Nader par exemple), tandis que d'autres, sans illusions, ont retiré leur candidature, comme les candidats de la famille Abou Jaoudé ou le fils de l'ancien président Émile Lahoud, Émile Émile Lahoud, au profit de la liste aouniste.

Sociologie électorale
Non moins de 168 279 électeurs inscrits sont appelés aux urnes au Metn en juin pour trancher entre les deux listes : 75 062 maronites (soit 60 % des électeurs environ), 25 628 arméniens-orthodoxes, 24 348 grecs-orthodoxes, 16 434 grecs-catholiques, 7 642 électeurs des minorités chrétiennes, 7 110 arméniens-catholiques, 4 272 chiites, 2 773 sunnites, 2 579 évangélistes, 2 237 druzes et 194 alaouites. Durant la bataille ultrapolitisée de 2005, près de 51, 2 % des électeurs s'étaient mobilisés pour se rendre aux urnes (soit environ 83 502 électeurs), et 64 % d'entre eux avaient accordé leurs voix à la liste aouniste contre 29 % à la liste du 14 Mars. Mais le pourcentage pourrait monter cette année tant chacune des parties s'emploie à mobiliser les émigrés pour les convaincre de se rendre aux urnes le 7 juin.
Cependant, les chiffres de 2005 ne sont plus vraiment parlants. D'abord, parce que le CPL avait bénéficié d'un phénomène sentimental lié au retour d'exil de son chef, perçu à l'instant même comme le « leader historique » chrétien capable de remettre la communauté en position de force. Une partie de ce capital s'est évaporé depuis, en raison de l'alliance du général Aoun avec le Hezbollah, et de son rapprochement politique indubitable avec Damas et Téhéran, à l'opposé des constantes historiques chrétiennes.
Ensuite, sur le plan purement électoral, les chiffres de la partielle de 2007, après l'assassinat de Pierre Gemayel, ont considérablement réduit l'écart (à peine quelques centaines de voix) entre le CPL et le 14 Mars, et ce sont principalement les voix du Tachnag et les électeurs chiites qui avaient fait basculer la donne en faveur du candidat du général Aoun, Camille Khoury. Le changement de cap de Michel Murr, qui affirme détenir un capital important de voix, pourrait contribuer à modifier quelque peu la donne. Mais une inconnue de taille reste à vérifier : dans quel sens iront les voix des 10 000 électeurs Tachnag, qui ont proclamé à la fois leur volonté de rester alliés au CPL et de voter exclusivement pour Michel Murr ? Leur engouement et leur mobilisation pour l'issue du scrutin seront-ils les mêmes maintenant que leur candidat, Hagop Pakradounian, a été élu d'office ? Le pourcentage d'indécis, à l'heure où la polarisation n'a jamais été aussi forte dans le pays, excède-t-il les 10 % ? Iront-ils voter le 7 juin ? Par ailleurs, tous les sondages, et tous les chiffres qui sont d'ores et déjà présentés par chacune des parties concernant leur électorat ne peuvent être que nébuleux : il existe une grande marge d'erreur définie par la politique elle-même. En effet, une accumulation d'erreurs de la part d'une des personnalités concernées - ou d'un de leurs alliés non chrétiens, tiens - pourrait entraîner un déséquilibre en faveur de l'un ou de l'autre des deux camps.
Des observateurs avisés de la bataille estiment que, pour l'heure, une analyse très sauvage de la donne place les listes à 50-50. C'est-à-dire que, pour chacun des deux camps, la partie est loin, très loin d'être gagnée par rapport aux objectifs fixés. Mais, encore une fois, et surtout au Metn, pays de la politique par excellence, tout, mais vraiment tout, peut arriver...
À l'exact opposé de son voisin, le Kesrouan, où toutes les énergies sont actuellement déployées pour tenter de créer les conditions d'une bataille politique loin de l'influence des services et de la tradition, le Metn a de tout temps été le terrain par excellence de la confrontation poussée à son paroxysme entre les grandes figures locales de la politique. Certes, la plupart des « seigneurs » locaux ne sont pas - ou plus - engagés dans la bataille cette fois. Du côté du 14 Mars, le président du Renouveau démocratique Nassib Lahoud a en effet dû jeter l'éponge pour une multitude de facteurs, non sans faire preuve de cette noblesse et de cette grandeur d'âme qui le caractérisent si...
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