Bien entendu, l'offensive du CPL n'épargne pas Baabda, dont le locataire se voit accuser, à mots à peine couverts, de soutenir le projet de ce bloc centriste qui serait, selon les aounistes, un simple succédané du 14 Mars. Le président Michel Sleiman appuierait, selon eux, les listes loyalistes dans sa zone d'influence numéro un de Jbeil et du Kesrouan. Ils prétendent s'en apitoyer car, à les en croire, leur assise populaire reste telle qu'ils ne vont faire qu'une bouchée de leurs adversaires. Propagande d'intimidation que les résultats des sondages d'opinion ne semblent pas confirmer : 32 % des électeurs de cette région double se déclarent à fond pour le président et pour le bloc centriste.
Les loyalistes, pour leur part, jouent sur l'attachement de la population à la légalité, en manifestant une sympathie accentuée pour les indépendants réputés proches de Baabda. Ils assurent que la position de la présidence de la République, capitale pour la composante chrétienne du pays, doit absolument être soutenue et renforcée. Surtout quand les leaders, officiels et autres, des communautés musulmanes se lancent en personne dans la mêlée, comme les présidents Berry et Siniora, MM. Hariri et Joumblatt. Ils ne voient pas pourquoi, dès lors, la présidence de la République devrait se tenir à l'écart, n'avoir pas son mot à dire, dans une épreuve nationale aussi importante, alors que la présidence de la Chambre et la présidence du Conseil y font acte de présence. Ils ajoutent que nul, président de la République compris, ne doit mobiliser à son service le potentiel de l'État. Mais qu'à part cela, chaque citoyen, président de la République compris, garde un droit d'opinion que personne ne devrait contester. Surtout quand il s'agit de créer une force-tampon, un bloc centriste, pour apaiser des tensions préjudiciables au pays et pour arbitrer de nuisibles conflits.
Le président Sleiman répète, de son côté, qu'il reste neutre, consensuel, équidistant de tous. Qu'il n'a pas de candidats, et qu'aucun postulant n'est son fils ou son gendre. Cela étant, un courant populaire se forme, et grandit, autour de la présidence et de la ligne Sleiman. Courant actif au Kesrouan, à Jbeil mais aussi à Baabda, et qui tente d'envoyer au Parlement des représentants classés sous l'étiquette centriste. Avec l'aide des loyalistes du 14 Mars.
Les majoritaires veulent en tout cas aller résolument à la bataille, pour rogner les ailes de Aoun et du 8 Mars. Cependant, la dispersion des candidatures et des forces souverainistes, c'est-à-dire la formation de plusieurs listes distinctes, avantagerait beaucoup Aoun. C'est pourquoi de notables efforts sont actuellement déployés pour unifier les rangs, mais ils se trouvent entravés par le choc, naturel, des ambitions.
Aoun doit pour sa part annoncer ses listes aujourd'hui. En principe, sauf changement de dernière minute, il présente à Jbeil Walid Khoury, Simon Abi Ramia et Abbas Hachem. Au Kesrouan, rien n'est encore tout à fait clair car, selon des sources informées, le leader CPL souhaiterait modifier plus de la moitié de la composition envisagée. Cela, en fonction des mouvements des partis et du club des familles, après l'accord entre Mansour el-Bone et Farid Haykal el-Khazen.
Le président Sleiman revenu de Turquie, les choses devraient prendre tournure, et s'accélérer, la semaine prochaine.

