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Moyen Orient et Monde - Le Point

Les dents du tigre

Un cessez-le-feu pour assurer l'évacuation de la population civile, comme le réclamaient plusieurs pays, dont les États-Unis ? « Cela n'est pas nécessaire » : la réponse est tombée de la bouche du président sri lankais, Mahindra Rajapaska, lourde comme une sentence, au début d'une semaine qui s'annonce décisive pour l'avenir du duel sans merci opposant Colombo aux Tigres de libération de l'Eelam Tamoul et qui se poursuit depuis plus d'un quart de siècle. Pourtant, des milliers de personnes tentent ces dernières quarante-huit heures de fuir la zone des combats, « l'un des lieux les plus dangereux de la terre », selon Human Rights Watch, une bande de terre d'une douzaine de kilomètres carrés où s'est repliée une poignée de combattants dont les chefs, croit-on, se sont évaporés dans la nature, noyés dans la foule des réfugiés.
Il fut un temps - jusqu'en 2007 - où les terribles guerriers du LTTE contrôlaient 18 000 kilomètres carrés dans le nord-est du pays où ils se proposaient de créer un État indépendant. C'est que depuis l'indépendance, proclamée le 4 février 1948, ils avaient eu à pâtir du ressentiment de la majorité cinghalaise à leur égard, nourri par la relation privilégiée entretenue avec la Grande-Bretagne. Un impitoyable travail de laminage avait aussitôt été entrepris par le pouvoir central dont l'ultime acte est en train de se jouer, les militaires parvenant, dans un premier temps, à isoler l'ennemi de la population puis, dans un second temps, à le repousser dans le minuscule réduit où il se trouve aujourd'hui, « protégé » par une poignée de civils utilisés comme boucliers humains (une tactique aussi ancienne peut-être que l'apparition de la première résistance de l'histoire).
Ces jours-ci, les rescapés de cette tragédie racontent leur calvaire, comment ils risquaient, en restant sur place, de périr sous les obus gouvernementaux ou bien, en cherchant à fuir, à tomber sous les tirs de leurs geôliers. Tout cela marqué par des scènes de pillages, de viols et d'exactions en tout genre. Certains, à la vue des rares images parvenues en Occident, ont été jusqu'à évoquer le spectre de Srebrenica et se sont demandés si l'on ne se trouvait pas devant une réédition du conflit bosniaque.
L'autre face de cette guerre qui, longtemps, n'a pas voulu dire son nom ? Elle est illustrée par les chiffres de l'Unicef, contenus dans un rapport établi à la mi-mars : un enfant sur quatre de moins de 5 ans souffre de malnutrition, un enfant sur quatre a subi l'amputation d'un membre inférieur. Le Comité international de la Croix-Rouge, lui, évoque une situation « catastrophique » et évalue à « des centaines », le nombre de Sri-Lankais tués ou blessés ces derniers jours, le total des morts étant de 4 500, selon un officiel onusien. Le gouvernement parle de 110 000 personnes ayant fui le secteur des affrontements, un chiffre sujet à caution car, fait-on valoir, les responsables ont intérêt à prétendre qu'il ne reste plus sur place que les « terroristes » pour justifier l'assaut final. Si quelques rares journalistes ont été admis à suivre, de loin, les opérations et à rédiger des reportages sévèrement contrôlés par la censure militaire, nombreux sont leurs collègues à s'être vu refuser l'accréditation. Locaux ou étrangers, les rares témoins craignent de voir se produire un bain de sang dans les heures à venir car le chef de la rébellion, Velupillai Prabhakaran, a affirmé à maintes reprises qu'aucun de ses hommes ne sera pris vivant et qu'ils se battront jusqu'au dernier. L'un de ses lieutenants, Seevaratnam Puleedevan, a renchéri : « Nous ne nous rendrons jamais. » Il faut espérer que de tels propos sont uniquement destinés à maintenir haut le moral d'un groupe de rebelles qui, il n'y a pas longtemps encore, passait pour être l'un des mieux équipés du monde. Ce temps-là, semble-t-il, est révolu, même si l'on parle déjà d'une résurgence du mouvement, une fois passée la tornade.
Les Tigres, en effet, ont donné en maintes occasions la preuve de leur capacité à rebondir, le plus souvent en s'attaquant à des cibles civiles. Le mur de haine qui sépare les deux groupes de la population est toujours là et aucune solution n'a été apportée aux problèmes socio-économiques qui se posent depuis six décennies. Tout le monde a en mémoire l'assassinat, dans un attentat-suicide perpétré le 21 mai 1991 à Sriperumbudur (État du Tamil Nadu), de Rajiv Gandhi, le fils d'Indira, à une époque où l'Inde était engagée dans un hasardeux processus de paix au Sri Lanka. Le commanditaire du crime ? Un certain Velupillai Prabhakaran. L'hydre terroriste, on ne le sait que trop bien, hélas, dispose de têtes qui, à peine tranchées, repoussent toujours.
Un cessez-le-feu pour assurer l'évacuation de la population civile, comme le réclamaient plusieurs pays, dont les États-Unis ? « Cela n'est pas nécessaire » : la réponse est tombée de la bouche du président sri lankais, Mahindra Rajapaska, lourde comme une sentence, au début d'une semaine qui s'annonce décisive pour l'avenir du duel sans merci opposant Colombo aux Tigres de libération de l'Eelam Tamoul et qui se poursuit depuis plus d'un quart de siècle. Pourtant, des milliers de personnes tentent ces dernières quarante-huit heures de fuir la zone des combats, « l'un des lieux les plus dangereux de la terre », selon Human Rights Watch, une bande de terre d'une douzaine de kilomètres...
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