Bois pour la peau, acier pour l'ossature, huile hydraulique en guise de sang, la bête est entièrement conçue en « matériau vivant », pour restituer au mieux les détails de son anatomie et la complexité de ses mouvements. Pas moins de 18 manipulateurs s'activent dans, sur et autour de l'araignée pour déplacer les pattes et le corps, comme une marionnette mécanique, dont les plans rappellent certaines créations de Léonard de Vinci. Déployé dans toute son envergure, le mastodonte mesure 12 mètres de haut et 20 mètres de diamètre, pour 38 tonnes, bien pesé. « Cela modifie notre perception du monde : face aux créatures monumentales, on se retrouve comme des enfants », souligne M. Delarozière.
Pour le créateur, l'araignée se veut le symbole de l'étranger, comme l'amiral américain Perry venu il y a un siècle et demi forcer l'ouverture du Japon au commerce. Le visiteur suscite au début la méfiance, mais son arrivée est aussi synonyme d'échanges et de nouveauté.
Passée la surprise initiale, le public s'habitue à la présence et aux mouvements de l'arachnide. « Au départ, ça m'a fait peur, mais c'est excitant car il ressemble vraiment à une araignée quand il bouge ! », raconte Takuya Yamane, 33 ans, venu de la banlieue de Tokyo pour observer le spécimen. Il se réjouit qu'un tel spectacle ait pu être mis en place au Japon, où le théâtre de rue n'est pas courant.
« On voulait accueillir quelque chose de complètement nouveau », justifie Ryoichi Kawaguchi, directeur exécutif du projet « 150e anniversaire, Yokohama ville créative », qui a invité La Machine.
Imaginer un, puis deux immenses arachnides se promener au milieu de dizaines de milliers de personnes lui a donné des migraines, mais ce spectacle, « une première mondiale, » en valait la chandelle, selon lui.
Sa balade terminée, la première araignée sera vite rembarquée pour la France, mais sa « petite sœur » va rester plus de 150 jours sur les docks... avec une sortie quotidienne au programme.

