Il est facile d'écrire des chroniques de la guerre civile, mais plus difficile d'en écrire l'histoire, et s'il faut dénoncer sa criminalisation, il faut aussi rendre justice au sang qui fut versé pour une cause noble, celle du Liban libre.
L'histoire de notre guerre est inséparable de l'histoire du peuple palestinien, dont le parcours s'est embourbé quelques années durant dans les marécages libanais. Pour sa perte et la nôtre. Nous nous en sommes sortis, mais à quel prix ?
Et puis, en sommes-nous vraiment sortis ? N'avons-nous pas tous deux été manipulés par un troisième peuple, qui cherchait à nous soumettre à sa volonté, à ses plans, à ses visées ?
Le 13 avril est chargé de toutes ces ambiguïtés. Il n'est pas seulement le moment où tout a basculé dans « la folie de la guerre », pas plus qu'il n'est seulement un sursaut patriotique. Il est aussi le moment où le piège s'est refermé sur un peuple qui n'était pas prêt à la guerre, comme le montre bien le livre de Camille Chamoun, Le Liban au bout du fusil.
C'est pourquoi un mémorial pour les victimes de la guerre, des manifestations pacifistes contre le « confessionnalisme » ne rendent pas entière justice à la guerre ou aux victimes qui sont tombées. Ils risquent en fait de masquer la réalité d'un combat qui nous fut imposé, en absolvant celui qui nous a tendu le piège.
En associant au souvenir du 13 avril l'abolition du confessionnalisme politique, on lui fait un faux procès. Le confessionnalisme, cette régression haïssable, est loin d'être la cause directe de la guerre. Il en a peut-être été le combustible hautement inflammable qui la relançait chaque fois que la flamme retombait, mais non sa cause.
La mémoire qu'il faut donc défendre n'est pas seulement celle des victimes innocentes de la violence ; pour que l'image soit au point, elle doit aussi comprendre la mémoire de ceux qui sont morts défendant une certaine idée du Liban. Célébrer une mémoire sans l'autre, c'est fausser le souvenir de la guerre et sa mémoire et, par le fait même, la croissance vers la maturité de la nation libanaise.
Bien sûr, dans l'absolu, toute guerre est haïssable, pour les souffrances qu'elle engendre. Nos destinées passent toutefois par l'histoire et chacun pour son soi, comme collectivement, nous devons régler nos comptes avec le 13 avril 1975. Cherchons-en la mémoire et, mieux, cherchons-en la vérité.

