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Moyen Orient et Monde - Le Point

Échec au roi

Au pays du sourire, l'humeur ces temps-ci est à la morosité et l'heure est au clash entre « chemises rouges » et « chemises jaunes », comprendre les partisans de deux Premiers ministres : l'ancien, Thaksin Shiniwatra, et l'actuel, Abhisit Vejjajiva. Comme pour compliquer un peu plus les choses, les adversaires ont choisi de s'affronter le jour de l'an bouddhiste, qui est aussi celui du festival de Songkan, date à laquelle tout Thaïlandais qui se respecte doit se mouiller (au sens littéral du mot), une manière bien commode, par temps de grandes chaleurs, de célébrer l'avènement du printemps.
Mouillé, l'ex-maître du pays l'est, qui semble avoir décidé de venger l'humiliation subie en septembre 2006, quand il avait dû renoncer à son poste à la suite d'un putsch de l'armée, alliée aux hommes d'affaires et aux fidèles du roi Bhumibol Adulyadej. Le péché de cet ancien officier de police, venu au monde des affaires par le biais des télécoms avant de céder à l'appel des sirènes politiques ? Un mélange de populisme à la Perón et d'autoritarisme qui l'avait poussé à détourner des fonds officiels au profit de la classe rurale où se recrute l'essentiel de ses fidèles. Circonstance aggravante, on lui prête des velléités républicaines, véritable crime de lèse-majesté aux yeux de qui connaît la vénération dont le roi est l'objet.
Après l'alerte représentée par la fermeture forcée, en novembre et décembre derniers, des deux aéroports de la capitale, les événements se sont précipités ces jours-ci avec l'agression contre le convoi du chef du gouvernement, la proclamation de l'état d'urgence, l'annulation le week-end dernier du sommet qui devait regrouper à Pattaya les dix nations membres de l'Asean (Association of Southeast Asian Nations) ainsi que les représentants de six États de la région, enfin l'occupation par les manifestants de bâtiments officiels. Ayant prudemment choisi, il y a trois ans, de prendre le chemin de l'exil, le héros des descamisados asiatiques a déclaré la guerre au régime : « Maintenant qu'ils ont décidé de faire descendre leurs tanks dans les rues, a-t-il lancé à ses hommes dans un message téléphonique, il est temps pour le peuple de déclencher la révolution. Je reviendrai quand cela sera nécessaire. »
Malade, âgé (il a 82 ans), le souverain n'en continue pas moins de jouir d'une incontestable autorité. Mais celui que ses partisans surnomment l'« âme de la nation » a refusé de prendre position dans le conflit, lui qui aurait pu être le catalyseur d'une éventuelle réconciliation. Ainsi, dimanche, alors qu'ils s'apprêtaient à affronter les soldats massés derrière les fils barbelés au carrefour Din Daeng, les insurgés se sont arrêtés pour entonner l'hymne national, suivi de l'hymne royal. Thaksin, lui, joue la montre, convaincu que l'on va vers un raidissement de l'appareil militaire et même vers l'affrontement armé, ce qui lui conférera un net avantage car il représentera alors la seule autorité capable de calmer les siens. Pour l'instant, c'est l'incertitude, avec un Premier ministre - le quatrième en un peu moins d'un an... - absent de la scène publique et une troupe qui semble attendre son heure et se contente de riposter au coup par coup sans céder à la tentation de s'employer à fond. On comprend sa retenue : depuis les années soixante-dix, les coups de force ont représenté une réaction à la répression. Cette fois, un nouveau pas a été franchi lorsque les émeutiers ont cerné le domicile de Prem Tinsulanonda, chef du conseil privé du roi dont il est par ailleurs le principal collaborateur, pour réclamer, initiative sans précédent, sa démission.
De politique, l'épreuve de force peut basculer à tout moment pour se transformer en crise socio-économique. La contraction, qui frôlait déjà les quatre pour cent, menace de dépasser ce taux avec le tarissement de la manne touristique, consécutif aux événements de ces derniers jours, et le ralentissement de la consommation. La grogne, déjà perceptible dans les campagnes pro-Thaksin, ne manquera pas alors de s'amplifier et avec elle le mouvement contre le pouvoir. Un premier dérapage vient de se produire avec le décès d'un quinquagénaire, tué par balles. D'autres victimes pourraient tomber encore, signe que la situation aura totalement échappé au contrôle des familles, de quelques élites et des généraux jusqu'à présent seuls maîtres du subtil jeu politique sur la scène locale. C'est le règne de la rue, se désole un digne universitaire qui en a vu d'autres pourtant. Et Arisman Pongruengorong, ancien chanteur pop recyclé dans la politique, vient de demander aux protestataires d'appréhender Vejjajiva et d'en disposer « comme bon vous semble ».
À Bangkok, il suffit d'une petite phrase comme celle-là pour transformer le duel à fleurets mouchetés en sanglant combat de boxe thaïlandaise.
Au pays du sourire, l'humeur ces temps-ci est à la morosité et l'heure est au clash entre « chemises rouges » et « chemises jaunes », comprendre les partisans de deux Premiers ministres : l'ancien, Thaksin Shiniwatra, et l'actuel, Abhisit Vejjajiva. Comme pour compliquer un peu plus les choses, les adversaires ont choisi de s'affronter le jour de l'an bouddhiste, qui est aussi celui du festival de Songkan, date à laquelle tout Thaïlandais qui se respecte doit se mouiller (au sens littéral du mot), une manière bien commode, par temps de grandes chaleurs, de célébrer l'avènement du printemps.Mouillé, l'ex-maître du pays l'est, qui semble avoir décidé de venger l'humiliation subie en septembre 2006, quand...
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