Cette crise mondiale demande une réponse mondiale, mais, hélas, la responsabilité de chaque réaction relève de la sphère nationale. Chaque pays essaiera de concevoir son propre plan de relance afin qu'il ait un impact maximum sur ses citoyens - et non un impact mondial. En évaluant la taille de leurs plans de relance, les pays vont équilibrer les coûts pour leurs « propres » budgets, et les bénéfices en termes d'augmentation de la croissance et de l'emploi pour leurs propres économies. Étant donné qu'une partie des avantages (la plus grande partie pour les petites économies ouvertes) reviendra à d'autres, les plans de relance sont susceptibles d'être plus modestes et moins bien conçus, et c'est la raison pour laquelle un plan de relance coordonné au niveau mondial est nécessaire.
C'est l'un des importants messages transmis par une commission d'experts des Nations unies sur la crise économique mondiale, que je préside et qui a récemment soumis son rapport préliminaire à l'ONU.
Le rapport soutient la plupart des initiatives du G20, tout en prônant des mesures plus fortes dirigées vers les pays en développement. Par exemple, s'il est généralement admis que presque tous les pays doivent entreprendre des mesures de relance (nous sommes tous des keynésiens désormais), de nombreux pays en développement n'ont pas les ressources suffisantes pour le faire. Et ce n'est pas non plus le cas des institutions de prêt existants.
Si nous voulons pourtant éviter de nous retrouver dans une nouvelle crise de la dette, une partie de l'argent, peut-être la plus grande partie d'ailleurs, devra être octroyée sous forme d'aide non remboursable. Et, dans le passé, l'aide était accompagnée de nombreuses « conditions », dont certaines ont impliqué la mise en application de politiques monétaires et fiscales contradictoires - tout à fait l'inverse de ce dont nous avons besoin aujourd'hui - et imposé une déréglementation financière, qui a participé des principales causes de la crise.
Dans de nombreuses parties du monde, pour des raisons évidentes, le Fonds monétaire international est fortement stigmatisé. Et l'insatisfaction ne vient pas seulement des emprunteurs, mais aussi des fournisseurs de fonds potentiels. Les sources de fonds en liquide se trouvent aujourd'hui en Asie et au Moyen-Orient, mais pourquoi ces pays donneraient-ils de l'argent à des organisations où ils n'ont qu'une voix limitée et qui ont souvent incité à la mise en application de politiques en contradiction avec leurs valeurs et leurs convictions ?
Beaucoup des réformes de gouvernance proposées pour le FMI et la Banque mondiale - affectant, évidemment, et avant tout la façon de choisir leurs dirigeants - semblent enfin être sur la table. Mais le processus de réforme est lent, et la crise n'attendra pas. Il est donc impératif que l'aide soit fournie par une variété de canaux, en plus, ou à la place du FMI, notamment par des institutions régionales. De nouvelles facilités de crédit pourraient être créées, pourvues de structures de gouvernance plus appropriées au XXIe siècle. Si cela pouvait être fait rapidement (et je pense que c'est possible), de tels systèmes pourraient constituer un moyen important de distribution des fonds.
Au cours de leur sommet de novembre 2008, les dirigeants du G20 ont fermement condamné le protectionnisme et se sont engagés à ne pas s'y commettre. Malheureusement, une étude de la Banque mondiale note que 17 pays sur les 20 ont en réalité mis en place de nouvelles mesures protectionnistes, notamment les États-Unis avec leur provision « Achetez américain » incluse dans leur plan de relance.
Mais il est notoire depuis longtemps que les subventions peuvent être aussi destructrices que les droits de douane - et encore moins justes, puisqu'elles sont davantage dans les moyens des pays riches. S'il y a eu un terrain de jeu égalitaire dans l'économie mondiale, il n'existe plus : les immenses subventions et renflouements octroyés par les États-Unis ont tout changé, peut-être de façon irréversible.
En effet, même les entreprises des pays industriels avancés qui n'ont pas reçu de subvention sont injustement avantagées. Elles peuvent prendre des risques que les autres ne peuvent se permettre, sachant qu'en cas d'échec, elles seront peut-être renflouées. Si l'on peut comprendre les impératifs politiques domestiques qui ont mené aux subventions et aux garanties, les pays développés se doivent d'en reconnaître les conséquences mondiales et fournir une aide compensatoire aux pays en développement.
L'une des initiatives à moyen terme les plus importantes recommandées par la Commission de l'ONU est la création d'un conseil mondial de coordination des politiques économiques, qui ne se contenterait pas de coordonner la politique économique, mais évaluerait aussi les problèmes imminents et les disparités institutionnelles. À mesure que la crise va s'aggraver, il est possible que de nombreux pays soient, par exemple, confrontés à la faillite. Mais nous ne disposons toujours pas du cadre approprié pour gérer ce genre de problème.
En outre, le système du dollar américain comme monnaie de réserve - colonne vertébrale du système financier actuel - part en lambeaux. La Chine a exprimé ses inquiétudes, et le directeur de sa Banque centrale s'est joint à la Commission de l'ONU pour appeler à un nouveau système mondial de réserve. La Commission de l'ONU estime que résoudre ce vieux problème - soulevé il y a plus de 75 ans par Keynes - est essentiel si nous voulons un rétablissement robuste et stable.
Ce genre de réformes ne se produiront pas du jour au lendemain. Mais elles ne se produiront « jamais » si on ne commence pas tout de suite à y travailler.
© Project Syndicate, 2009.
Traduit de l'anglais par Bérengère Viennot

