M. Bouteflika, réélu avec un score sans appel de 90,24 % des voix, entamera son 3e mandat dans un contexte économique local difficile, marqué par la hausse de 300 % des importations depuis 2002, qui ont dépassé les 38 milliards de dollars en 2008, et la chute des prix du pétrole dont l'Algérie tire 98 % de ses recettes en devises.
Le pays, qui dispose de 140 milliards de dollars et de 55 milliards de dollars dans un fonds de régulation des recettes, peut « tenir » quatre ans si les prix du pétrole se maintiennent à leur niveau actuel (50 dollars), affirment les autorités.
En dépit de ces assurances, les économistes et les patrons locaux estiment « urgents » la diversification, la modernisation de l'économie et le sauvetage de l'industrie locale en forte régression ces dernières années et qui ne présente plus que 5 % du PIB.
« La réduction des importations passe par la modernisation de l'appareil local de production, via une opération de mise à niveau des entreprises sur dix ans », a estimé le président du Forum des chefs d'entreprise (FCE, plus importante organisation patronale du pays), Réda Hamiani.
Pour Mohammad Bahloul, spécialiste en économie industrielle et directeur de l'Institut de développement des ressources humaines (IDRH), « la diversification de l'économie pour la sortir de sa dépendance des hydrocarbures constitue le défi central du troisième quinquennat de M. Bouteflika », a-t-il dit à l'AFP. « Une vaste réforme agraire est nécessaire pour sortir le secteur agricole de la crise. Beaucoup d'argent a été injecté dans l'agriculture, mais les résultats sont faibles, voire nuls », estime M. Bahloul qui plaide en faveur de la poursuite des investissements publics.
« L'Algérie doit s'appuyer sur les ressources du budget pour financer son économie pendant au moins cinq ans », ajoute-t-il.
Le président Bouteflika a annoncé durant sa campagne électorale un plan d'investissements publics de 150 milliards de dollars sur cinq ans.
Durant son deuxième mandat entamé en 2004, le président Bouteflika a lancé des investissements dans le secteur pétrolier pour permettre à l'Algérie de disposer d'une industrie pétrochimique et de valoriser sur son territoire ses hydrocarbures.
Et bien avant sa réélection, il avait ordonné en 2008 au gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire les importations et favoriser les produits et les services locaux.
Depuis, le gouvernement a pris une série de mesures, notamment l'interdiction d'importer les médicaments déjà fabriqués localement, l'obligation aux entreprises importatrices étrangères de céder 30 % de leur capital à des Algériens, et décidé d'appliquer strictement un taux préférentiel de 15 % accordé aux entreprises locales dans les appels d'offres internationaux.
Ces mesures, dénoncées par des patrons étrangers mais soutenues par des locaux, « doivent être clarifiées d'une façon définitive avec des textes d'application », estime Hassen Khelifati, PDG de la compagnie privée d'assurances Alliances et membre du FCE. « Il faudrait faire confiance aux entreprises algériennes créatrices de richesses, poursuivre la réforme bancaire et créer un ministère chargé de débureaucratiser l'administration et de définir une stratégie économique à long terme », ajoute-t-il.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine