La municipalité ajoute, dans sa déclaration signée par son président Abdel Menhem Ariss, qu'elle « promet de reboiser les jardins et d'asphalter les routes après la fin des travaux ». Reboiser ? Après avoir supprimé des arbres datant de dizaines d'années, et pour une période allant jusqu'à trois ans ? Quelles garanties que ces espaces redeviendront des jardins publics après la période de construction ?
Parmi les villes du monde et de la Méditerranée, Beyrouth est sans nul doute l'une des plus pauvres en espaces verts : selon une étude de l'association Green Line datant de quelques années (la situation peut avoir empiré depuis), réalisée en coopération avec les experts paysagistes, le taux d'espaces verts dans la ville de Beyrouth est inférieur à un mètre carré par habitant... alors que selon ces mêmes experts, le taux minimum pour réaliser l'harmonie dans une ville entre la population, le béton et la nature devrait être de 20 mètres carrés par habitant.
Par comparaison, dans d'autres villes proches, le taux d'espaces verts se rapproche souvent de cela, comme à Tunis par exemple, qui compte 14,5 mètres carrés par habitant.
Or, au lieu de réfléchir aux moyens de créer de nouveaux jardins publics à Beyrouth, à quoi se prépare-t-on ? À résoudre un problème certain, celui des parkings, en aggravant un autre, celui du manque d'espaces verts. La municipalité a besoin, pour que ce projet se concrétise, de l'approbation du Conseil des ministres. Peut-on espérer que les ministres demandent une modification de ce projet avant de l'adopter tel quel, et qu'un débat très nécessaire sur l'aménagement de la ville de Beyrouth - qui continue de se développer de manière anarchique, quelques quartiers mis à part - soit lancé ?
Les jardins publics et les espaces verts en ville ne sont pas un détail. Au Liban, on a souvent tendance à considérer cette réelle nécessité comme un luxe. L'est-elle vraiment ? Les jardins publics incitent à la marche, à la vie saine, ils sont gratuits, donc accessibles au plus grand nombre. Et, plus que tout, ce sont des endroits où toutes les catégories de la population se retrouvent en toute égalité. Dans un pays où les barrières psychologiques entre les habitants et les régions se font de plus en plus présentes, cela ne saurait être vu comme une banalité.
Enfin, l'accès aux espaces verts, comme aux plages d'ailleurs et à d'autres espaces publics, est un droit, tout simplement. La jeune mère qui promène son bébé en poussette entre les pots d'échappement des voitures ne désapprouverait certainement pas cette assertion. À moins de vouloir continuer à vivre dans un pays où les espaces privés, peuplés par des groupes homogènes, sont dominants.
Et dans ce cas, pour tous ceux qui sont exclus de ces espaces-là, ce sera tant pis. Ce serait leur dire : « Vous n'avez pas d'argent, oubliez les baignades, les promenades et les loisirs. L'État ne peut rien pour vous... »

