Et il n'omettra pas de rappeler aux forces politiques chrétiennes leur responsabilité exceptionnelle à l'égard de la réalisation du projet du 14 Mars, fondé sur 14 constantes et proclamé lors du congrès au BIEL.
Une admonestation à peine camouflée que justifient les tiraillements d'intérêts électoraux au sein du front loyaliste. Certaines formations alimentent de leurs propres appétences, en termes de quotas, le climat de disputes vénéneuses que génère principalement l'ambition individuelle d'une pléthore de candidats. Pour augmenter sa part, ou ses chances, chacun cherche à rogner sur l'autre ou l'écarter, au lieu de songer à militer pour le projet commun. En somme, les loyalistes se battent entre eux au lieu de se mesurer aux prosyriens.
Cependant, les concertations se poursuivent au niveau des chefs de file du mouvement pour régler les litiges en suspens. Dans ce cadre, le président Amine Gemayel, pour peaufiner son argumentaire, a récemment fait le point, en comité restreint, avec les techniciens de la machine électorale Kataëb. Les conflits de sièges au Mont-Liban ont été passés à la loupe. Selon des sources informées, le parti compte prendre des mesures susceptibles d'aider à résoudre les problèmes entre les composantes de l'alliance. Sur base de l'analyse synthétique effectuée par le président Gemayel, comme de la devise « gagner la bataille des élections et non des candidatures. »
De son côté, le député Samir Frangié rappelle encore plus directement combien la bataille des législatives est essentielle, existentielle. Il rejette les assertions réductrices du président Berry, pour qui la compétition ne sort pas de l'ordinaire, n'oppose pas deux projets antinomiques, n'est pas déterminante et reste transitoire. Samir Frangié estime qu'en minimisant la portée de l'épreuve, les prosyriens tentent de démobiliser l'électorat souverainiste. Car ils se sentent en perte de vitesse. Le général Michel Aoun soutient qu'il se retrouvera place de l'Étoile à la tête d'un bloc de 35 membres. Ajoutant que le gouvernement devra être formé au prorata du nombre de sièges parlementaires de chaque parti. Pour les majoritaires, ce pronostic n'est que de la propagande électorale. Tout comme les assurances de large victoire du 8 Mars propagées par des cadres du Hezbollah. Les loyalistes leur répondent en demandant pourquoi, s'il doit en être ainsi, ils continuent à s'accrocher tellement au cabinet d'union et au tiers de blocage. Et pourquoi, si les prosyriens sont si sûrs d'eux, ils recourent encore à l'intimidation et même à la violence, comme le montrent des incidents quotidiens dans plus d'une région.
À ce propos, des loyalistes craignent que ces troubles perlés ne soient programmés en vue de faire reporter le scrutin et n'aillent crescendo. Ils soulignent que si les prosyriens voulaient vraiment les élections, comme ils l'affirment, ils n'auraient pas entravé la nécessaire désignation d'un directeur général de l'Intérieur, de mohafez et de caïmacams dans les postes vacants et de cadres de la police. Ils concluent en proposant à l'opposition de prouver sa bonne foi en acceptant de laisser au président Sleiman, homme de consensus, le soin de régler la question.
Les prosyriens leur rendent toutefois la monnaie de leur pièce en les accusant d'empoisonner le climat pour torpiller des législatives qui vont consacrer leur défaite et la perte de leur majorité au Parlement. Selon les prosyriens, l'idée d'un bloc centriste, trouvaille loyaliste à les en croire, ne serait qu'un coup d'épée dans l'eau. Car les jeux sont faits, répètent-ils, en se félicitant d'être favorisés par les erreurs, et les divisions, du 14 Mars. Ils précisent que les déclarations de Joumblatt illustrent les conflits aigus au sein du camp adverse. Notamment entre FL et Kataëb au sujet des sièges déterminés.

