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Culture - Théâtre

Sables (é)mouvants

Au Monnot, jusqu'au 12 avril, Issam Boukhaled présente une pièce baptisée « Banafsaj »*, une œuvre sombre et poétique qui, sans être botanique, mêle violettes et pissenlits.
C'est un coup de poing qu'a asséné Issam Boukhaled le soir de la première à un public venu nombreux l'applaudir. Après le succès international d'Archipel et de March, cette pièce semble boucler la boucle. Un coup de poing vivifiant et chargé de poésie. Sur scène et semblant sortir des limbes, deux personnages: Bernadette Houdeib (prix d'interprétation féminine aux Festivals du Caire, de Carthage et Murex d'or pour Quand Mariam s'est dévoilée) et Saïd Serhan, un incontournable de la scène libanaise et de la télévision arabe, jouent durant plus d'une heure la comédie de la mort.
«Fort et violent», diront certains spectateurs en sortant de la salle; «morbide», avoueront d'autres. Mais tous unanimement s'entendront à louer la réalisation robuste signée Boukhaled, la scénographie particulière portant le label de Hussein Baydoun, la prestation intéressante des deux acteurs et ce visuel si poétique qu'achèveront de compléter l'équipe formée de Sawsan Boukhaled pour les costumes et accessoires, Louis Sarmad pour la lumière et le son et Marc Mourani comme conseiller artistique ainsi qu'Ahmad Hafez (assistant mise en scène).

Digne d'un cinématographe...
Sans verser dans le pathos ni le larmoyant, Banafsaj, œuvre douce-amère, plonge le regard dans le monde de tous ceux qui ont mangé les pissenlits par leurs racines.
Oui, les deux personnages qui évoluent sur les planches sont bel et bien morts et enterrés. Corps désarticulés, membres démantibulés, particules atomiques en poussière, ils essayent de rassembler (phrase récurrente de Bouhdeib) tout ce qu'il y a de disloqué en eux pour redevenir une entité digne. Mais comment recouvrir des formes alors qu'on n'est plus qu'anamorphoses. Alors que les êtres humains ne sont plus que sables mouvants sous les pieds des vivants là-haut ?
Un défi difficile à relever que de représenter les morts-vivants en décomposition. Et en « live » (?) . Un défi que Issam Boukhaled, ce passionné de cartoons, de films et d'effets visuels a su, avec le soutien de sa costumière de sœur, bien mettre en scène, avec une originalité et une créativité inépuisables. «Pour moi, les images qui rendent le texte poétique sont souvent son support. Dans cette pièce, les idées ont pris forme, dit-il, et Bernadette (sa femme) a fait le reste », avoue Boukhaled.
Sur fonds d'un bruitage élaboré et d'une musique enivrante, traversés cependant de quelques harmonies douces et lyriques, le passé de ces êtres en putréfaction remonte à la surface en leur donnant tout ce qu'il y avait d'humanité en eux.
Elle, se souviendra de la dernière image avant sa mort, qui est la première scène de la pièce, portant son bébé et le berçant; lui, se souviendra qu'il avait été traité d'animal avant d'être envoyé ad patres. Elle, rêve d'être une violette ; lui, de reprendre sa carrure humaine.
Le dialogue de ces deux-là n'est pas joyeux. Il est pourtant émaillé de beaucoup d'humour. Noir, très noir. Et il parvient à s'élever et à transcender l'organique, le matériel et tout ce qui est en déconfiture et à transfigurer ces cendres en de belles émotions.

* « Banafsaj » en langue arabe, surtitrée français au théâtre Monnot, tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches (sauf le 29/03), à 20h30. Tél : 01/202422.
C'est un coup de poing qu'a asséné Issam Boukhaled le soir de la première à un public venu nombreux l'applaudir. Après le succès international d'Archipel et de March, cette pièce semble boucler la boucle. Un coup de poing vivifiant et chargé de poésie. Sur scène et semblant sortir des limbes, deux personnages: Bernadette Houdeib (prix d'interprétation féminine aux Festivals du Caire, de Carthage et Murex d'or pour Quand Mariam s'est dévoilée) et Saïd Serhan, un incontournable de la scène libanaise et de la télévision arabe, jouent durant plus d'une heure la comédie de la mort. «Fort et violent», diront certains spectateurs en sortant de la salle; «morbide», avoueront d'autres. Mais...
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