Le président sortant Abdelaziz Bouteflika, grand favori du scrutin, a réaffirmé hier à Tiaret (340 km au sud-ouest d'Alger) que les portes de la réconciliation demeuraient « toujours ouvertes ». Pour lui, il « n'est pas possible de limiter dans le temps » ce processus initié en 1999 avec l'organisation d'un premier référendum sur la « Concorde civile », qui avait entraîné la reddition de milliers d'islamistes. Un second référendum a ensuite permis l'adoption en 2005 d'une « Charte pour la paix et la réconciliation » offrant le « pardon » aux islamistes encore dans le maquis en échange de leur reddition. Il ne s'agissait pas dans cette charte d'effacer « d'un revers de main les responsabilités de la tragédie nationale » mais de « dépasser une situation qui menaçait de faire imploser toute la nation », a relevé M. Bouteflika.
Auparavant, à Tlemcen, son fief de l'ouest algérien, le chef de l'État avait cependant posé des limites au processus, dénonçant « ceux qui ont détruit le pays et qui ne se gênent pas (...) pour demander qu'ils soient indemnisés maintenant que la situation se normalise ». « Je ne peux imposer au peuple d'accepter votre retour dans la société » car « le peuple est le seul » à pouvoir « vous accorder une plus grande réhabilitation », a-t-il dit en s'adressant aux repentis, dont beaucoup sont privés de leurs droits civiques.
Issu de la mouvance islamiste, le candidat Mohammad Saïd (Parti de justice et liberté, PJL) est lui aussi partisan de la réconciliation nationale: c'est « un acquis stratégique que nous devons tous préserver », a-t-il déclaré à Jijel (est d'Alger) en appelant « ceux qui sont toujours dans les maquis » à « déposer les armes ». Si la situation sécuritaire s'est sensiblement améliorée, la branche d'el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI) reste active, particulièrement à l'est d'Alger mais aussi dans certaines régions de la Mitidja (sud de la capitale), où 16 islamistes armés ont été tués en février. Mais pour Djahid Younsi, candidat islamiste prônant « un État démocratique (...) dans le cadre des principes de l'islam », il faut aller plus loin dans ce dossier, « quitte à aller vers une amnistie générale ». Si celle-ci « met un terme à l'effusion de sang », estime le candidat du mouvement el-Islah (Réforme), « nous le ferons sans hésitation aucune ». « Les droits de chacun doivent être rétablis », a-t-il dit. Mais « il ne peut y avoir de discrimination entre les victimes », a-t-il ajouté, évoquant ainsi les familles des « disparus », ces personnes soupçonnées d'affinités avec des groupes armés islamistes, arrêtées entre 1992 et 1998, et dont les familles sont sans nouvelles.
L'État a reconnu en 2005 que des « agents de l'État » étaient responsables de la disparition de 6 146 personnes. Mais la Charte de 2005 a clos ce dossier, affirmant que « le peuple algérien souverain (rejetait) toute allégation visant à faire endosser à l'État la responsabilité d'un phénomène délibéré de disparition ».


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