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Moyen Orient et Monde - Reportage

Les derniers Sabéens ne veulent pas disparaître

De quelque 35 000 âmes avant le renversement de Saddam Hussein, la communauté ne compte plus que 7 000 à 8 000 fidèles.
Entre les joncs qui poussent le long du Tigre, des dizaines d'hommes et de femmes, vêtus de cinq pièces de linge blanc, entrent pieds nus pour un baptême dans les eaux boueuses du Tigre, le fleuve qui traverse Bagdad.
Dans une scène toute biblique, les Sabéens célèbrent joyeusement la plus grande fête de leur calendrier religieux, un rite ancestral de purification, et marquent ainsi la volonté de cette petite minorité antérieure à la conquête musulmane de ne pas disparaître d'Irak. Connus aussi sous le nom de Mandéens, les Sabéens parlent traditionnellement une forme de l'araméen, la langue du Christ, considèrent Adam comme leur prophète et vénèrent saint Jean-Baptiste. Leurs racines remontent aux temps préchrétiens et certains chercheurs pensent qu'ils constituent une branche hérétique du judaïsme qui a gagné la Mésopotamie au IIe siècle avant Jésus-Christ.
Aujourd'hui, les Sabéens se battent pour leur survie dans l'Irak moderne et luttent contre les persécutions, la guerre et les difficultés qui ont suivi l'invasion américaine de 2003. De quelque 35 000 avant le renversement de Saddam Hussein, ils ne sont plus que 7 000 à 8 000, dit leur chef, cheikh Sattar Jabbar al-Houlou. « Ça a été une catastrophe pour la communauté », explique-t-il. Certains ont été tués dans les affrontements interconfessionnels, la plupart ont choisi l'exil et ont rejoint une diaspora de plus de 30 000 membres aujourd'hui. « Nous n'avons personne pour nous protéger. Nous voulons que le gouvernement s'occupe de notre communauté et reconnaisse nos droits », dit le chef, dont les sept enfants sont réfugiés en Syrie.
Les Sabéens n'ont pas de milice, pas d'école enseignant l'araméen et souhaitent pouvoir pratiquer leur religion sans crainte. Mais, dit le cheikh Houlou, les contacts avec les autorités américaines en Irak et les Nations unies n'ont rien donné. Il reconnaît que la sécurité s'est améliorée à Bagdad, mais estime que les temps ne sont pas encore assez sûrs pour appeler les exilés au retour. Sina Kassem, 23 ans, attend que Sinan, son mari, revienne de Suède où il s'est réfugié il y a plus d'un an. « On l'a menacé parce qu'il était sabéen », dit-elle. « Ça va mieux aujourd'hui, mais on a encore un peu peur. La situation n'est pas fameuse, mais on a de l'espoir », dit-elle avant d'entrer dans le Tigre. Cheikh Houlou affirme que certains religieux musulmans continuent d'émettre des fatwas contre les Sabéens qu'ils accusent de ne pas croire en Dieu, même si la communauté est officiellement classée parmi la minorité chrétienne. En Irak, un décret religieux de ce genre équivaut à une condamnation à mort. Ghazwan Yahiya, 25 ans, qui représente les Sabéens au ministère irakien des Droits de l'homme, se plaint de leur manque d'influence au gouvernement. « Nous réclamons le droit de (pratiquer) notre religion », dit-il, estimant qu'après s'être tenue à l'écart de la politique pendant des siècles, la minorité doit s'impliquer dans la vie publique si elle veut assurer son avenir. Yassine al-Nachi, professeur d'anglais à la retraite chargé des questions culturelles pour la communauté, se plaint de discrimination contre les Sabéens, répartis dans cinq grandes villes : Bagdad, Erbil dans le Nord, Diwaniyah dans le centre, Amara et Bassora dans le Sud. « Nous apportons notre contribution à la société irakienne, nous avons des médecins, ingénieurs, scientifiques, enseignants, mais notre langue et notre culture sont menacées. » Pourtant, pour la première fois depuis l'invasion de 2003, des Sabéens se sont manifestés cette année par centaines pour le rite du baptême. « Cela nous redonne confiance car si beaucoup de gens sont venus aujourd'hui, cela veut dire que la sécurité s'est améliorée », dit M. Nachi.

Barry PARKER (AFP)
Entre les joncs qui poussent le long du Tigre, des dizaines d'hommes et de femmes, vêtus de cinq pièces de linge blanc, entrent pieds nus pour un baptême dans les eaux boueuses du Tigre, le fleuve qui traverse Bagdad.Dans une scène toute biblique, les Sabéens célèbrent joyeusement la plus grande fête de leur calendrier religieux, un rite ancestral de purification, et marquent ainsi la volonté de cette petite minorité antérieure à la conquête musulmane de ne pas disparaître d'Irak. Connus aussi sous le nom de Mandéens, les Sabéens parlent traditionnellement une forme de l'araméen, la langue du Christ, considèrent Adam comme leur prophète et vénèrent saint Jean-Baptiste. Leurs racines remontent aux...
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