Selon les données de la Réserve fédérale, la production industrielle est tombée en février à son plus bas niveau depuis 2002. Et la tendance devrait se poursuivre, car l'activité industrielle autour de New York a chuté en mars à son plus bas depuis qu'elle est mesurée par le bureau local de la Fed (2002).
Décimée par les délocations et les restructurations, l'industrie ne génère plus qu'un cinquième du produit intérieur brut américain.
La production du secteur industriel a baissé pendant dix des douze derniers mois, pour un recul cumulé de 11,2 % (dont 1,4 % en février). Celle de l'automobile, secteur qui symbolise le mieux cette chute, a perdu 35,8 %.
« Quand l'industrie va-t-elle se stabiliser ? Je ne parle pas de rebond, je me demande seulement quand la baisse va s'arrêter. Eh bien, ça n'a pas l'air de devoir se produire rapidement », s'est inquiété l'économiste Joel Naroff.
Par conséquent, le taux d'utilisation des capacités industrielles a chuté à 70,9 %. Il égale ainsi un record établi lors d'une précédente phase de profonde récession, en décembre 1982 (les premières données remontent à 1967), et il est « 10 points de pourcentage sous sa moyenne de 1972 à 2008 », a indiqué la Fed.
Les données de l'activité régionale laissent penser que ce record devrait être enfoncé : dans la région de New York, l'indice d'activité « Empire State », qui se fonde sur l'évaluation des dirigeants d'entreprises industrielles, a cédé 3,5 points pour s'établir à -38,2 points. Et l'une de ses composantes essentielles, l'indice des nouvelles commandes, a plongé de 14 points pour établir un record négatif à -44,8 points.
« Il n'y a pas de rémission en vue, les stocks s'accumulant et les exportations étant en chute », a constaté Ian Shepherdson, de High Frequency Economics.
Les États-Unis ne détiennent pas le monopole d'une industrie en crise. D'autres géants partagent les mêmes maux, comme le Japon, où la production industrielle était en chute de plus de 30 % en janvier par rapport à un an plus tôt, ou l'Allemagne, où elle a baissé de plus de 15 %. En Chine, la croissance se tasse, avec une production en hausse de 3,8 % en janvier-février. La production industrielle en Russie a chuté de 13,2 % en février sur un an, selon des chiffres officiels publiés lundi, qui confirment l'atterrissage brutal subi par l'économie russe au tournant de l'année.
Aux États-Unis, les friches s'accumulent et les ouvriers perdent leur emploi de plus en plus vite.
« Après être tombé à un plus bas historique en janvier », la proportion d'usines ouvertes et en fonctionnement, qui est mesuré depuis 1948, « a reculé d'encore 0,5 point en février, à 67,4 % », a relevé la Fed. En février, le nombre d'emplois dans le secteur secondaire, qui atteignait 19,3 millions, était inférieur de 9,5 % inférieur à un an plus tôt.
Depuis que ses effectifs ont commencé à reculer en mai 2006, l'industrie américaine a perdu 12,1 % de ses emplois. Après avoir approché en 2000 son record de 1978, le total des emplois a chuté de près de 20 % en neuf ans.
Pire peut-être, l'industrie américaine n'investit plus. « Les industriels réduisent leurs projets d'investissement, laissant présager une faiblesse généralisée au premier semestre. Les projets d'investissement ont chuté de plus de 33 points sur un an » dans l'enquête de la Fed de New York, a relevé Ryan Sweet, de Moody's Economy.com.


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