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Moyen Orient et Monde - Le Billet D’Humeur

Mauvais goût

En janvier dernier, l'Union européenne a adopté un projet de directive permettant le coupage du blanc et du rouge pour fabriquer un vin de table rosé. Neuf ans plus tard, les euro-fonctionnaires nous refont, toute honte bue, le coup du chocolat.
Rappel des faits. En juin 2000, Bruxelles adopte une directive permettant l'entrée dans la grande et noble famille du chocolat de produits contenant des matières grasses végétales autres que le beurre de cacao. Résultat, l'œuf de Pâques bon marché se retrouve infesté de karité, d'huile de palme, de noyaux de mangue, de sal, d'illipé et d'autres substances qui, dans un contexte approprié, fleureraient bon l'exotisme, mais qui, en la matière, sonnent barbares.
La Commission européenne justifie son « projet rosé » en arguant de la nécessité de libérer l'UE des « entraves œnologiques » pour s'ouvrir de nouveaux marchés, à commencer par le marché chinois.
Argumentation pour le moins faible, pour ne pas dire insultante. En français honnête, « entraves œnologiques » se traduirait par « critères de fabrication garantissant une production de qualité ». À moins de vouloir expressément produire de la piquette, il n'y a aucune raison valable de vouloir « libérer l'UE des entraves œnologiques ». Par ailleurs, un peu de diplomatie que diable ! Soutenir publiquement qu'il faille produire du ginglet pour pouvoir pénétrer le marché chinois n'est pas le meilleur moyen d'adoucir les relations entre Pékin et Bruxelles.
Le coup de l'UE est, par ailleurs, particulièrement bas. Le rosé est le plus humble des membres de la grande famille vinicole. S'il se laisse parfois inviter aux sérieuses séances de dégustation, c'est parce que ça l'amuse. Ses robes sont sans prétention, ses larmes sont des larmes de joie, de celles qui coulent pendant un fou rire. Et si un œnologue ose évoquer, dans un moment d'égarement, sa longueur en bouche, on le sent, ce rosé, étouffer un rire espiègle. S'attaquer au rosé, ce n'est pas comme s'attaquer au bordeaux ou au bourgogne, les deux gaillards de la cour de récréation. S'en prendre au rosé, c'est tomber sur le petit gamin à lunettes, qui n'a jamais embêté personne et s'amuse gaiement dans le bac à sable.
Et le coupage ! Le coupage... Certes, des mercenaires du vin, en Afrique du Sud ou en Australie, osent déjà appeler « rosé » un mélange de blanc et de rouge. Ceux-là, à l'instar des euro-fonctionnaires aux papilles atrophiées, n'ont pas compris que le rosé n'est pas une couleur, mais un savoir-faire, une macération certes courte, mais néanmoins étudiée. Et plus encore, le rosé est un état d'esprit, une identité. Le bordeaux est le vin du regret et le bourgogne celui du présent, relevait Denis Tillinac, écrivain et œnophile militant. Le rosé est le vin de la convivialité. Le rosé est un après-midi paresseux au bord d'une rivière de Provence, un apéritif entre amis sur une terrasse dans un port de Méditerranée, un dîner sous un pin au milieu des grillons. Le rosé est une jupe fleurie sur des jambes fines et dorées, une virée en vespa sur la route de la mer. Mélangerait-on le meilleur Gewurztraminer avec quelques gouttes d'un château Haut-Brion, que le mistral ne se lèverait pas pour autant.
Si c'est au nom de la rentabilité et de la mondialisation que l'on veut effacer ces identités, poussons la logique jusqu'au bout. Fourgons aux Japonais un camembert au lait de soja, jetons sur le marché un champagne à base de vin blanc et de comprimés d'Alka Seltzer - produit deux en un, rentabilité maximale -, inondons les cantines de bouillabaisse au surimi...
À ce rythme-là, les hédonistes du palais vont rapidement crever de faim dans le « village global ».

En janvier dernier, l'Union européenne a adopté un projet de directive permettant le coupage du blanc et du rouge pour fabriquer un vin de table rosé. Neuf ans plus tard, les euro-fonctionnaires nous refont, toute honte bue, le coup du chocolat.Rappel des faits. En juin 2000, Bruxelles adopte une directive permettant l'entrée dans la grande et noble famille du chocolat de produits contenant des matières grasses végétales autres que le beurre de cacao. Résultat, l'œuf de Pâques bon marché se retrouve infesté de karité, d'huile de palme, de noyaux de mangue, de sal, d'illipé et d'autres substances qui, dans un contexte approprié, fleureraient bon l'exotisme, mais qui, en la matière, sonnent barbares.La Commission européenne justifie son « projet rosé » en arguant de la nécessité de libérer l'UE des « entraves...
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