Cette visite intervient alors que les relations entre Riyad et Damas sont tendues depuis 2005. La Syrie a été pointée du doigt après l'assassinat en février 2005 de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, un protégé de Riyad. Le soutien de Damas au Hezbollah et au Hamas a aussi crispé le royaume saoudien. Damas était dans le camp des pro-Hamas lors de la guerre meurtrière de Gaza, face aux modérés menés par Riyad et Le Caire.
Depuis quelque temps, la Syrie a pris part à un intense ballet diplomatique, M. Assad a notamment rencontré hier, à Damas, les ministres des Affaires étrangères émirati, cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyan, et jordanien, Nasser Judeh.
Selon des analystes, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, le premier objectif des Saoudiens est d'isoler la puissance régionale qu'est l'Iran de ses alliés arabes comme le Qatar et la Syrie. Pour Riyad, le soutien de la République islamique aux mouvements radicaux menace les régimes arabes. L'autre sujet d'inquiétude est le programme nucléaire controversé de Téhéran.
Pour d'autres analystes, le roi Abdallah veut aussi recréer l'unité derrière l'initiative de paix saoudienne au Proche-Orient, à laquelle Israël n'a pas donné suite. Adoptée lors du sommet de la Ligue arabe de 2002 et relancée en 2007 par les Saoudiens, elle propose la normalisation des relations entre Israël et les pays arabes en échange du retrait israélien des terres occupées depuis 1967, de la création d'un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale et un règlement du problème des réfugiés palestiniens. L'État hébreu ne l'a pas formellement rejeté et a dit relever certains « points positifs ».
Inquiets de voir l'Iran utiliser cette guerre pour accroître le radicalisme islamiste, les responsables saoudiens se sont lancés dans une course diplomatique pour convaincre leurs homologues arabes de faire un « dernier effort » en faveur de leur plan de paix, estiment ces analystes. « Vous avez vu (avec la guerre de Gaza) le résultat si on laisse quelque chose (traîner) sans rien faire », explique à l'AFP l'universitaire saoudien Abdul Rahman al-Saïd. « L'absence de paix a créé un vide propice à la radicalisation », ajoute-t-il. Dans ce contexte, le rapprochement saoudo-syrien « ne devrait pas être une surprise », affirme le porte-parole de la diplomatie saoudienne, Ossama Nougali, alors que Damas avait entamé des pourparlers indirects avec Israël sur un accord de paix avant l'offensive de Gaza.
Selon les observateurs, l'Arabie espère aussi convaincre la nouvelle administration américaine de faire pression sur Israël pour accepter de négocier un accord global. Riyad veut amener Israël à « agir ou se taire », résume un analyste étranger, alors que l'éventuel échec de l'initiative arabe inquiète. « Le consensus arabe est très fragile, met en garde un autre analyste. L'avertissement est que l'Arabie saoudite ne sera pas capable d'en proposer un nouveau. »


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