C'est Fouad Siniora en personne qui a fait la proposition suivante durant la séance : que soit créée une commission ministérielle chargée de plancher sur ce texte et sur les réserves du 8 Mars, et plus particulièrement sur cette liberté accordée au procureur général, entre autres, de se déplacer sur l'ensemble du territoire libanais et d'interroger n'importe quelle personne, quelle que soit la nature de sa fonction - c'est « comme si on en faisait un nouveau Haut Commissaire qui gérerait le Liban en contrôlant sa justice », déplore l'opposition.
Cette commission comprend le ministre d'État Khaled Kabbani (ancien ministre de la Justice, très impliqué, à l'époque, dans la rédaction du document), l'actuel ministre de la Justice Ibrahim Najjar, ainsi que le ministre hezbollahi du Travail, Mohammad Fneich. « Notre position au sujet du TSL est claire, nous ne nous y opposons pas. Mais nous avons besoin davantage de temps pour examiner le texte, c'est tout », a-t-il dit. Des ministres de la majorité ont relevé certaines « contradictions » avec ce que les médias proches du Hezb avaient laissé filtrer : à savoir que le ministre Fneich a franchement déclaré en plein Conseil que son parti a de sérieuses réserves sur le texte en question.
Notons que le ministre d'État chargé du Développement administratif, Ibrahim Chamseddine, est intervenu à ce moment pour rappeler à son collègue qu'un délai d'une semaine avait été accordé pour d'éventuelles remarques. « Pourquoi ne les avez-vous pas soumises cette semaine ? » a-t-il demandé. « Nous avons besoin de plus de concertations », a répondu le ministre hezbollahi. Signalons aussi qu'aucun ministre du 14 Mars n'est intervenu, dans une volonté, a confié l'un d'eux, de ne pas saper l'accord préalable entre les différents pôles.
Quant à la clause relative à la sécurité censée être assurée aux juges libanais et, éventuellement, à d'autres membres du personnel du TSL, elle n'a fait l'objet d'aucune polémique : les ministres du 8 Mars ne s'y sont pas opposés. Sauf que les deux ministres concernés, Ibrahim Najjar et Ziyad Baroud, n'étaient pas au courant du texte et ont demandé que leur soit octroyé le temps nécessaire pour le faire.
Concernant la séance à proprement parler, elle s'est ouverte par une intervention politique du chef de l'État, qui a évoqué les résultats de ses récentes visites à l'étranger et de la confiance « dans le Liban et son avenir » qu'il a ressentie auprès de ses interlocuteurs. Idem pour le Premier ministre, qui a détaillé sa participation au sommet pour Gaza à Charm el-Cheikh en début de semaine et les assurances qu'il a perçues, de la part des grands décideurs, sur le fait qu'aucun compromis ne sera fait au détriment de l'indépendance du Liban, de sa souveraineté et de sa libre décision. Quant au vice-président du Conseil, Issam Abou Jamra, il a une nouvelle fois évoqué les bureaux dévolus la semaine dernière au n°2 du gouvernement, s'arrêtant notamment sur les frais de leur restauration et de leur réhabilitation, et demandant que soit précisée la partie qui financera tout cela.
Signalons enfin que le ministre de l'Économie, Mohammad Safadi, a tenu à évoquer la situation sociale critique qui sévit à Tripoli, rappelant que c'est dans cette misère que se trouve le terreau propice à l'éclosion du fondamentalisme et souhaitant que quelque chose soit fait très rapidement, pour y remédier. Ses collègues ont d'ailleurs estimé que cela est le cas dans toutes les régions du Liban.

