Dans son homélie dominicale, hier, le patriarche Sfeir a évoqué d'une manière à peine voilée cette campagne, soulignant notamment que nous vivons actuellement la période du carême, qui doit être marquée par « la prière et la réflexion ». « L'Église nous invite à la prière, au jeûne, à l'austérité, a déclaré le cardinal Sfeir. Elle nous invite à nous abstenir de tout propos injurieux qui provoque dans les esprits plus de dommage qu'une blessure. C'est la meilleure des choses que nous pourrions faire en ces temps de carême. »
Par ailleurs, le patriarche maronite a reçu dans la journée d'hier plusieurs personnalités et délégations populaires venues lui exprimer leur solidarité et condamner la campagne orchestrée contre Bkerké. Le cardinal Sfeir a notamment reçu sur ce plan une délégation de la localité de Majdal (caza de Jbeil), dont l'un des notables a prononcé une allocution dans laquelle il a rendu un vibrant hommage au patriarche Sfeir, soulignant qu'il supporte « l'héritage de la présence chrétienne en Orient ». Qualifiant ceux qui ont tenu des propos injurieux à l'encontre de Mgr Sfeir de « stipendiés », il a affirmé : « Notre visite aujourd'hui (à Bkerké) a pour but de défendre nos symboles chrétiens, surtout après les agressions perpétrées contre nos églises dans certaines régions, dont celle de Lassa (caza de Jbeil). D'aucuns ont poussé leur attitude politique négative jusqu'à proférer des insultes. Ce sont des vendus et ils s'imaginent que, par leur comportement, ils peuvent entraîner la nonciature apostolique dans leurs dédales. En toute franchise, nous soulignons aujourd'hui que, désormais, nous ne resterons plus passifs face à leur comportement. Nous n'accepterons plus que des vendus dans les rangs chrétiens portent atteinte à nos symboles religieux. »
S'adressant aux membres de la délégation, le patriarche Sfeir les a d'abord remerciés pour leur sentiment de sympathie. Appelant à l'unité des rangs, il a déclaré, dans une allusion à la campagne dont il fait l'objet : « Nous avons présent à l'esprit l'exemple du Christ. Ils L'ont crucifié, ils L'ont blessé avec une lance et lui ont fait porter des ronces. Nous n'en sommes pas là. La route est longue. Nous demandons au Tout-Puissant de leur pardonner. Nous voulons rester unis afin de sauver notre pays de la crise dans laquelle il se débat depuis trente ans. »
Rahi critique certains médias
Signalons, par ailleurs, que le président de la commission épiscopale des moyens d'information, Mgr Béchara el-Rahi, a vivement critiqué certains médias qui ont mal interprété les propos qu'il avait tenus la semaine dernière pour mettre en garde contre la poursuite de la campagne menée contre Bkerké et certains évêques maronites. Mgr Rahi avait alors souligné, dans ce qui est apparu comme un rappel à l'ordre, que ceux qui profèrent des injures ou adoptent une attitude irrespectueuse à l'encontre de l'autorité religieuse peuvent être passibles, sur le plan du principe, d'excommunication.
S'en prenant aux médias qui ont mal interprété ses propos, Mgr Rahi les a qualifiés de « frelons qui semblent être stipendiés et vendus pour poursuivre leur travail de sape ». « Nous avons dit aux responsables des médias que nous comptons sur eux parce que leur rôle est essentiel pour établir des ponts et maintenir le contact (entre les parties), a déclaré Mgr Rahi. Mais certaines factions utilisent les médias pour semer la discorde. Certains médias colportent des mensonges qui portent atteinte au patriarche Sfeir et aux évêques. Il n'est pas concevable que les médias deviennent un instrument de mensonge. »
Et Mgr Rahi d'ajouter : « Ma conférence de presse avait pour but de souligner qu'il y a des règles à tout. Il y a des règles en politique, sur le plan de l'information, en religion, dans l'appartenance à une Église. Si on ne se conforme pas à ces règles et à une certaine éthique, on ne pourra pas s'engager sur la voie de l'unité. Certains médias et certains commentateurs se sont comportés comme des frelons. On leur a demandé de ne pas politiser les choses car notre propos est de secouer les consciences. Mais malheureusement, ils ont politisé le problème, se comportant ainsi comme s'ils étaient stipendiés et vendus pour poursuivre leur travail de sape. »
Et de conclure : « Je souhaite que nous puissions dépasser la culture de l'intimidation. Nous avons tous besoin du 14 Mars, du 8 Mars et de tout citoyen libanais. Notre culture consiste à unifier nos efforts et non pas à dire c'est ou toi ou moi. »
Nouvelles critiques du CPL
Il convient d'indiquer dans ce cadre que l'un des membres du directoire du CPL, Pierre Raffoul, a lancé de nouvelles attaques contre le patriarcat maronite. Prenant la parole au nom du général Michel Aoun au cours d'un dîner organisé par le CPL à Baabda, Pierre Raffoul a accusé le patriarche Sfeir d'être « partisan ». « Le patriarche Sfeir n'est pas en mesure de parrainer la réconciliation (interchrétienne) car il a une attitude partiale en faveur du 14 Mars », a affirmé le responsable CPL qui a invité les dignitaires religieux chrétiens à « lire l'exhortation apostolique au lieu de nous menacer d'excommunication ». « Nous ne craignons pas l'excommunication car nous prônons le droit », a conclu M. Raffoul.
Les propos du responsable CPL sont en contradiction avec une déclaration faite hier par le député Ibrahim Kanaan, membre du bloc parlementaire aouniste, qui a souligné que « nul ne pourra intervenir dans les relations entre nous et l'Église ». « L'Église et nous, nous faisons un, et les liens entre nous n'ont jamais été rompus », a déclaré M. Kanaan qui a ajouté : « Même s'il existe des divergences de vues, cela ne signifie pas qu'une quelconque partie pourra intervenir dans les relations entre nous et l'Église. »

