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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Schizophrénies arabes

Mais qui est donc le vrai ennemi des Arabes ? Depuis plusieurs décennies, les populations arabes ont dû avaler des kilomètres de discours faisant de « l'ennemi sioniste », l'occupant odieux, la cause de tous leurs maux... En deux mots : le mal incarné. Bien sur, il y a également l'Occident impie, l'impérialisme américain, le colonialisme européen, etc. Bref, toute une série d'ennemis extérieurs entourant le monde arabo-musulman et voulant sa perte. Israël reste toutefois le danger suprême, puisqu'il se trouve implanté au cœur même du Proche-Orient, une épine dans le corps du monde arabe.
Et puis il y eut la guerre de Gaza. Durant les vingt-deux jours qu'a duré l'opération « Plomb durci », les Arabes se sont déchirés entre eux, sans pudeur aucune. Le camp des « modérés » contre celui des « radicaux ». Mais aussi le camp des peuples en colère contre celui de leurs dirigeants.
Aujourd'hui, dans notre région, certains croient qu'Israël n'est pas l'ennemi perpétuel des pays arabes. L'invasion de l'Afghanistan puis de l'Irak par les forces américaines a entraîné l'émergence d'une nouvelle puissance régionale, l'Iran. Source d'instabilité dans la région, Téhéran constitue désormais une menace réelle pour beaucoup et pour plusieurs raisons. Son programme nucléaire douteux en est une. Mais c'est surtout sa politique expansionniste agressive qui consiste à exporter la révolution islamique de Khomeiny qui fait frémir plusieurs régimes arabes. Le président égyptien et le souverain jordanien avaient mis en garde, naguère, contre le danger iranien illustré par le croissant chiite, allant de l'Irak au Liban en passant par la Syrie. Un danger qui réveillait les vieilles rancœurs entre les civilisations arabe et perse ainsi que le conflit doctrinal entre les sunnites et les chiites.
Les dernières attaques verbales de Hassan Nasrallah contre le régime égyptien ne sont que le dernier épisode de ce regain de tensions. Le parti chiite libanais est désormais considéré comme le cheval de Troie de l'Iran au sein du monde arabe, alors que le Hamas, mouvement islamiste pourtant sunnite, est considéré comme un instrument docile et dangereux utilisé par Téhéran pour s'imposer sur le dossier palestinien.
Fragilisés par la surenchère iranienne, les régimes arabes semblent perdus entre deux ennemis. Israël, d'une part, une menace régulièrement utilisée par les dirigeants arabes pour justifier la répression de leur peuple. L'Iran, d'autre part, qui veut prendre sa revanche sur l'histoire après des siècles d'humiliation et de privation ayant entraîné une haine ancestrale entres les deux branches de l'islam.
Le fossé entre les propos virulents à l'encontre de l'État hébreu et le manque d'action concrète de la part de certains dirigeants arabes ont, par ailleurs, entraîné une dichotomie entre le pouvoir et le peuple. Nourries, depuis des décennies, par une rhétorique anti israélienne, les populations arabes sont perdues et frustrées face à l'inflexion de la politique menée par leurs leaders.
Fait rare au Moyen-Orient, des manifestations parfois énormes ont eu lieu aux quatre coins du monde arabe en faveur des Palestiniens. Si elles étaient dirigées contre l'offensive israélienne à Gaza, ces protestations représentaient aussi des attaques contre les régimes en place. Les rassemblements politiques qui visent le pouvoir étant prohibés dans la plupart des pays arabes, l'opposition ou la population en général utilisent Israël comme bouc émissaire afin d'exprimer leur mécontentement au sujet de la politique répressive de leurs dirigeants qui leur laissent néanmoins cet échappatoire pour canaliser leur colère vers cet ennemi extérieur.
Les frustrations de la rue arabe ne concernent pas uniquement le conflit israélo-palestinien. Certes, les différentes défaites arabes face à l'État hébreu ont largement contribué à nourrir ce sentiment. Mais c'est surtout l'impression d'être trahi par leurs propres dirigeants qui exaspère les Arabes.
Une situation explosive dont les groupes radicaux et les islamistes savent profiter. Là aussi, Israël jour le rôle de catalyseur. D'une part, ce pays est considéré comme responsable de l'humiliation des Arabes. D'autre part, l'attitude conciliante, voire hypocrite, des leaders arabes ont fait de ces derniers les complices de l'État hébreu.
Commence ainsi une surenchère entre les radicaux et les régimes dits modérés. Un jeu qui éloigne malheureusement tout horizon pacifique entre Israël et les pays arabo-musulmans, puisque le bruit des bottes étouffe sournoisement le langage de la raison et de la paix.
Bien que l'offensive israélienne contre le Hamas à Gaza ait mis la lumière sur une multitude de contradictions dans les comportements et les politiques arabes vis-à-vis d'Israël, elle n'a toutefois pas réussi à faire ressortir un ou des partenaires capables de dépasser ces schizophrénies arabes qui plongent le Proche-Orient dans un cercle vicieux de violence et de conflits interminables.
Qui est aujourd'hui l'ennemi des Arabes ? Est ce Israël, l'Iran, l'Occident, le terrorisme, les radicaux de tout bord ? Ce sont surtout les Arabes qui sont les vrais ennemis des Arabes, puisqu'ils n'ont pas été capables jusqu'à présent de créer un courant rationnel et pacifique capable de surmonter la différence, les préjugés et la haine de l'autre. En d'autres termes, à faire la paix avec eux-mêmes.
Mais qui est donc le vrai ennemi des Arabes ? Depuis plusieurs décennies, les populations arabes ont dû avaler des kilomètres de discours faisant de « l'ennemi sioniste », l'occupant odieux, la cause de tous leurs maux... En deux mots : le mal incarné. Bien sur, il y a également l'Occident impie, l'impérialisme américain, le colonialisme européen, etc. Bref, toute une série d'ennemis extérieurs entourant le monde arabo-musulman et voulant sa perte. Israël reste toutefois le danger suprême, puisqu'il se trouve implanté au cœur même du Proche-Orient, une épine dans le corps du monde arabe.Et puis il y eut la guerre de Gaza. Durant les vingt-deux jours qu'a duré l'opération...
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